Platini et Benzema : deux poids, deux mesures/ "L'innocence" de Valbuéna

Par Gary SLM
Publié le 08 février 2016 à 10:36 | mis à jour le 08 février 2016 à 10:36

Benzema marque non seulement à chaque rencontre, mais il confirme aussi une fois de plus ses qualités de coéquipier, de passeur décisif, et de maître à jouer de cette équipe du Real Madrid, qui ne peut décidément se passer de lui. Que serait-il advenu du Madrilène s'il n'avait pas aligné, depuis le début de la saison autant de bonnes performances en "Liga" ?

Benzema, le néo-mal aimé du football français.

Benzema sait que dans ce métier et dans cette discipline, on n'a rien pour rien, et roche tarpéienne n'est jamais aussi proche du capitole*, que sur un terrain de foot. Adulé par une grande partie de la population ibérique, force est de reconnaître toutefois que l'attaquant madrilène n'est pas vu par le même bout de la lorgnette, selon qu'on soit d'un côté ou de l'autre des Pyrénées. Là-bas, la presse espagnole est restée relativement discrète sur "l'Affaire de la sextape", préférant suivre le joueur sur le terrain.

En dehors de quelques coups de sifflets, et de slogans jaillis des tribunes des supporters adverses, en référence à l'affaire, l'Espagne a plutôt les yeux de Chimène pour lui. Encore faut-il être circonspect et s'imaginer le retournement de Chimène contre Rodrigue-Benzema, si par malheur le héros du moment devait déchoir, en alignant les contre-performances. Pour tout vous dire, même si les Espagnols ont le sang chaud, et bouillant en certaines circonstances, ils ne sont pas prêts de mourir à Madrid pour un joueur français nommé Benzema. De ce côté-ci des Pyrénées, les choses se passent autrement, et si la passion est là, elle n'irrigue pas les artères, mais elle enflamme les colonnes des journaux et les plateaux de télévision. Autant le dire tout net : les médias français n'aiment pas Benzema qui ne fait rien pour inverser la tendance, et s'ingénie même à alimenter la polémique, et attiser les rancœurs.

Benzema, la Marseillaise à l'origine de son clash avec les Français.

Première cause de désamour, et reproche principal : Karim Benzema ne chante pas La Marseillaise, et on fait tout pour vous le montrer, et vous le faire savoir, au cas où vous auriez raté l'exécution de l'hymne national. La caméra fait son travelling habituel sur des joueurs chantant à pleine gorge, et s'attarde même plus que de mesure sur le joueur du Real Madrid. Celui-ci, bouche cousue, ne bronche pas, il sait qu'il est regardé par des millions de spectateurs, mais ses lèvres restent fermées.

Excédé, accablé de questions pas très innocentes, avec des allusions peu innocentes sur ses origines algériennes, il répond un jour qu'il ne chante pas La Marseillaise parce qu'il n'a pas envie de la chanter. C'est aussi simple que ça, et ce n'est sans doute pas très habile, mais le garçon n'est pas aussi adroit dans la conversation que dans la conduite de balle. Habituellement, tout ce qu'on demande à un footballeur sélectionné, c'est de marquer des buts, et d'en faire marquer, et le plus souvent on se satisfait de l'un ou de l'autre cas. Pour Benzema, ce n'est pas pareil : malgré de bonnes prestations, dans l'ensemble, il ne marque pas de buts, et il n'est plus question que de ça. Désormais, avant chaque rencontre internationale, il n'est plus question que de ces deux tares impardonnables, se "dispenser" de chanter La Marseillaise et ne pas mettre la balle au fond des filets.

Et lorsqu'arrive l'affaire de la "Sex-tape" dans laquelle il s'est imprudemment fourvoyé, sans doute parce qu'il n'a pas le même "jeu de tête" que balle au pied, c'est la curée.

Valbuéna, meilleur que Benzema ?

Hier, pièce maîtresse du dispositif de l'entraîneur des Bleus, l'international est exécuté en un rien de temps. Il ne jouera plus en équipe nationale parce que la justice lui a interdit d'approcher Mathieu Valbuéna, l'autre pièce du scandale, et on suggère ainsi que ce dernier est plus indispensable que le "Franco-algérien". Autre marque d'iniquité, si la comparaison avec l'affaire Michel Platini s'impose, le choix des deux poids et deux mesures pour traiter les deux cas est plus que visible. Alors que toute la France politiquement correcte tremble pour l'avenir extra-sportif de l'ancienne gloire du football français, Benzema devient le mouton noir.

Dans un cas comme dans l'autre, il est question d'argent, mais les filières et les moyens de s'enrichir diffèrent : on ne met pas sur un même pied les gagne-petit, et les soupçonnés de corruption. Résultat : Platini ne présidera sans doute jamais la FIFA, et Benzema n'aura plus sa place chez les Bleus, sauf miracle, mais la différence réside justement dans la façon dont l'ancien et le nouveau sont traités.

Salah AREZKI


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