Côte d'Ivoire : Louis Dakoury-Tabley / Gbagbo, une amitié brisée

Par Gary SLM
Publié le 10 février 2016 à 12:33 | mis à jour le 10 février 2016 à 12:33

Louis Dakoury-Tabley a été nommé ministre des Eaux et des forêts depuis le 12 janvier dernier. Environ cinq ans après son départ du gouvernement, l'ex-bras droit de Laurent Gbagbo est revenu en force sur le devant de la scène politique ivoirienne. Retour sur le parcours controversé d'un homme lui-même très controversé.

Louis Dakoury-Tabley, une symphonie inachevée avec le FPI.

Louis Dakoury-Tabley est de retour, pourrait-on dire. C'est un retour qui surprend, quand on sait que l'homme s'était recroquevillé sur lui-même depuis un certain temps. Le 12 janvier 2016, le Secrétaire général de la Présidence de la République de Côte d'Ivoire, le ministre d'État Amadou Gon Coulibaly divulgua la liste des membres du nouveau gouvernement. Un nom retint l'attention : ministre des Eaux et des Forêts, Louis-André Dakoury-Tabley.

"D'où sort-il celui-là", est-on tenté de s'interroger. Selon les informations en notre possession, sa nomination est due en majeure partie au fait qu'il ait gardé de très bonnes relations avec l'ex-chef de l'État burkinabè, Blaise Compaoré. Actuellement exilé à Abidjan, l'ancien régent de Ouagadougou apprécierait la fidélité de Louis-André Dakoury-Tabley dont il a été le parrain et le protecteur durant toutes ses années dans la clandestinité. Entre supputations et spéculations en tout genre, ce qui est normal d'ailleurs, la réalité saute aux yeux : il aura vraiment tissé son réseau après avoir pris fait et cause pour la rébellion de 2002.

Ami de longue date de l'ancien président ivoirien Laurent Gbagbo, dont il est originaire de la même région, Gagnoa (centre-ouest du pays), il deviendra même ce "frère jumeau" que la vie lui aura donné (ils sont nés, tous les deux, en 1945). Complices, amis dans la vie, frères par les pensées et camarades de parti, ils fonderont au début des années 80, le Front Populaire Ivoirien (FPI), pour disent-ils mettre fin aux dérives totalitaires de Félix Houphouët-Boigny (le père fondateur de la Côte d'Ivoire moderne) et du PDCI-RDA (le parti unique à l'époque).

Louis-André Dakoury-Tabley intégrera l'académie de police pour en sortir quelques années plus tard Inspecteur de police. Expert en sécurité du FPI et sécurocrate en chef de M. Gbagbo, il prendra ses distances avec son "vieux frère" à l'orée de l'année 2000. Le FPI accédera au pouvoir en octobre 2000 et oubliera de se souvenir de l'un de ses pontes. Ce dernier digérera mal cet affront, lui qui espérait que ses camarades d'hier lui tendent la main. Mais rien n'y fit. Le divorce est consommé. Replié dans son coin et brûlant d'amertume, "l'ami du chef" ne cachera pas sa soif de vengeance et quand l'opportunité se présenta à lui en septembre 2002, il ne se fera pas prier.

Désormais une figure de proue du MPCI, du nom de la rébellion dirigée par Guillaume Soro (l'actuel président de l'Assemblée nationale ivoirienne), il se lancera dans une campagne de dénigrement avancé de ce qu'il qualifiera des tares du régime de la Refondation. Révolté à souhait après la mort de son frère cadet, le Docteur Benoît Dakoury-Tabley, dans des conditions jusque là non élucidées, il se radicalisera davantage et en voudra jusqu'à mort à Laurent Gbagbo. La famille s'émiettera, car Henri-Phillipe Dakoury-Tabley, l'ancien Gouverneur de la Banque Centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) et frère de l'autre, restera un intime de Gbagbo.


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