Côte d'Ivoire : les morts de l'ouest du pays ou les grands oubliés de la République !

Par Gary SLM
Publié le 18 février 2016 à 09:13 | mis à jour le 18 février 2016 à 09:13

En Côte d'Ivoire, l'heure est au processus de réconciliation nationale. Le régime d'Alassane Ouattara tente vainement d'associer les Ivoiriens à son envie de tourner la page du passé. Les blessures laissées par la crise post-électorale ivoirienne à l'ouest du pays sont encore béantes et la justice style deux poids, deux mesures des autorités en place ne convainc pas.

La Côte d'Ivoire court toujours après la réconciliation.

Si l'ensemble de la Côte d'Ivoire a subi les effets néfastes de la guerre, il n'est pas une région qui ait été aussi sinistrée que celle de l'ouest du pays. Le conflit armé qui a pris forme sur les bords de la lagune Ebrié le 19 septembre 2002 aura connu ses heures les plus sombres dans cette partie de la terre d'Eburnie : morts en cascade, destruction de biens et perte des symboles de cette zone frontalière avec la Guinée et le Libéria. Les témoignages sont nombreux et les exemples du degré d'atrocité dont les populations ont été victimes légions. Quelques exemples pourraient néanmoins cristalliser notre attention.

Dans la nuit du 31 mai au 1er juin 2005, une cohorte d'hommes lourdement armés firent irruption dans les villages de petit Duekoué et Guitrozon pour réaliser un carnage. On parle de plus d'une centaine de personnes tuées. On découvrira que ces assaillants n'étaient autres que les hommes du Commandant Loss qui dirigeait à l'époque la région ouest du pays au nom du MPCI (du nom de la rébellion de 2002 conduite par l'actuel président de l'Assemblée nationale ivoirienne, Guillaume Soro). Les victimes sont toutes issues du peuple Wè. C'est le signe d'une véritable épuration ethnique parce que dit-on, elles constituaient des soutiens indéfectibles à l'ex-chef de l'Etat ivoirien, Laurent Gbagbo. Ironie du sort : lorsque ces honnêtes gens furent massacrés, c'est le Front Populaire Ivoirien (FPI), le parti de Gbagbo qui était aux affaires et qui n'a même pas daigné levé le petit doigt pour venir en aide à d'innocentes personnes martyrisées.

La vie n'a jamais repris son cours normal à l'ouest de la Côte d'Ivoire. Les allochtones continuent de pleurer leurs disparus. On a beau faire de prononcer de longs discours empreints d'une bonne dose de démagogie, rien n'a été fait pour redonner à l'ouest montagneux sa dignité. Tous les régimes qui se sont succédés, celui de la Refondation de Gbagbo ou encore le pouvoir en place dirigé par Alassane Ouattara ont vite fait de ranger aux oubliettes cette frange de la population qui ne réclamait que justice pour ses centaines de morts. A défaut de redonner la vie à leurs proches sacrifiés sur l'autel des intérêts politiques et politiciens, cette zone n'a jamais été déclarée dans les faits comme une région sinistrée.

Toutes les entités chargées de conduire le processus de réconciliation nationale ont échoué parce que les fondamentaux de la réussite d'une telle initiative n'étaient pas réunis. Il faut tout simplement se souvenir que la crise ivoirienne a fait des milliers de victimes auxquelles on doit toujours penser. La discrimination dans le choix des victimes est une erreur monumentale qui risque de remettre aux calendes grecques l'idée de voir une Côte d'Ivoire unie.

A l’issue d’une mission judiciaire en Côte d’ivoire, d’assistance des victimes et des familles de victimes de l’attaque du camp de déplacés de Nahibly, le Groupe d’action judiciaire (GAJ) du mouvement mondial des droits humains (FIDH) composé des avocats de la FIDH, de la LIDHO et du MIDH a mis un point d'honneur sur le massacre qui a eu lieu au camp de Nahibly avec un bref tour d'horizon de celui de Toguéï, deux contrées situées dans la localité-carrefour de Duekoué.

Le président de la LIDHO de l'époque, René Hokou Légré a confié que : « Cette affaire, hautement symbolique, est une occasion de faire avancer la lutte contre l’impunité en Côte d’Ivoire et faire comprendre aux gens en armes, particulièrement les agents de l’État, que les violations graves des droits de l’Homme ne resteront pas impunies. »

Poursuivant sur cette lancée, Me Drissa Traoré a, au nom du MIDH, déclaré à propos des crimes encore punis pour le simple fait que l'Etat laissait toujours en liberté les auteurs : « Pour que ce message soit totalement compris, il faut cependant que ces procédures judiciaires aillent jusqu’à leur terme et que les auteurs de ces crimes soient jugés.» Et pas dans 10 ans.


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