Bombardement de Bouaké : le parquet expédie De Villepin et Alliot-Marie à la CJR

Par Gary SLM
Publié le 23 février 2016 à 15:20 | mis à jour le 23 février 2016 à 15:20

Le bombardement de Bouaké n'a pas encore fini de livrer ses secrets. Environ douze ans après le raid qui aura coûté la vie à neuf soldats français et un ressortissant américain, la justice française a rouvert une enquête et souhaite entendre les ministres De Villepin, Michèle Alliot-Marie et Michel Barnier, apprend-on de Mediapart.

Le bombardement de Bouaké suscite la curiosité des magistrats.

Le bombardement de Bouaké (localité située au centre de la Côte d'Ivoire) date du 6 novembre 2004. Même si plus d'une décennie est passée depuis cet incident qui aura marqué les esprits en terre ivoirienne comme du côté de l'Hexagone, la justice française en général et la juge Sabine Khéris (la doyenne des juges d'instruction du tribunal de grande instance de Paris) qui s'occupe du dossier depuis l'année 2012.

Le 2 février dernier, la procureure a demandé le renvoi devant la Cour de justice de la République (CJR) de certains ministres de l'époque : Dominique Galouzeau De Villepin (Intérieur), Michèle Alliot-Marie (Défense) et Michel Barnier (Affaires étrangères). Aussi, a-t-elle obtenue (la juge) la déclassification de plusieurs pièces à conviction entrant dans le cadre de cette affaire et qui étaient jusque-là considérées comme des éléments « Secret défense ». L'enquête sur le bombardement de Bouaké pourrait être élucidée très prochainement au regard de la tournure que prennent les choses : la CJR qui est la seule juridiction compétente à connaître des infractions commises par des membres de l'équipe gouvernementale statue sur ce cas litigieux qui a tout l'air d'une affaire d'Etat.

Rappelons que le 6 novembre 2004, l’armée de l’air ivoirienne a entrepris des frappes sur la grande ville du centre du pays, fief de la rébellion conduite par l’actuel président de l’Assemblée nationale ivoirienne, Guillaume Soro. L’opération qui visait à attaquer les positions rebelles et à réduire à néant leur dispositif sécuritaire a tourné au vinaigre. Prétextant d’avoir perdu neuf soldats par la faute des militaires ivoiriens, l’armée française bombardera la flotte aérienne ivoirienne au sol à l’Aéroport de Yamoussoukro (la capitale politique).

Dans le cadre du bombardement de Bouaké, les griefs de la justice à l'encontre des prévenus se recoupent comme suit : « La juge soupçonne les trois anciens ministres d’avoir sciemment laissé filer les pilotes biélorusses des avions responsables du massacre. Si elle est approuvée, la requête de la juge Kheris sera transmise au procureur général près la Cour de cassation, seul habilité à saisir la Cour de justice de la République (Cjr). »

Dominique Galouzeau De Villepin, alors ministre des Affaires étrangères au moment de la signature des accords de Linas-Marcoussis en janvier 2003 (l'accord matérialisait l’entrée des rebelles au gouvernement), avait dit comme un signe avant-coureur de l’histoire d’un complot grossier perpétré par Paris contre la Côte d’Ivoire : « L’histoire, regardons-la en face. L’histoire hésite. »


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