Côte d'Ivoire : Naturalisation de Compaoré, et avec ça Ouattara se dit démocrate ?

Par Gary SLM
Publié le 23 février 2016 à 11:51 | mis à jour le 23 février 2016 à 11:51

Pour un démocrate, Alassane Ouattara se paie bien la tête des Ivoiriens et des Burkinabè et pas qu'un peu. Le chef de l'Etat ivoirien vient d'accorder la nationalité ivoirienne à l'ancien despote, Blaise Compaoré.S'aurait été une autre personne que cette mesure prise par le locataire du palais présidentiel d'Abidjan n'aurait choqué personne.

La démocratie selon Alassane Ouattara.

Cette affaire est à peine croyable, pourrait-on dire. Le chef de l'Etat ivoirien, Alassane Ouattara a accordé la nationalité ivoirienne à l'ex-président burkinabè, Blaise Compaoré. Mais pourquoi une telle envie subite d'attribuer la nationalité ivoirienne à un homme qui partage la vie d'une ressortissante ivoirienne depuis de nombreuses années et qui n'a jamais daigné réclamer la nationalité du pays d'origine de son épouse ? Cette interrogation est une invitation à statuer sur ce cas plus que litigieux. Venons-en aux faits.

Il est vrai que l'ancien dictateur est le conjoint de Chantal Terrasson de Fougères, une Franco-Ivoirienne avec qui il s'était marié en 1985, soit 2 ans avant son arrivée au pouvoir au Burkina Faso par un coup d'État très sanglant en 1987. Pour s'offrir le palais de Kosyam, situé boulevard Muammar-Kaddafi à Ouagadougou, l'homme avait dû enjamber des corps de beaucoup de ses compatriotes, y compris celui de son ami Thomas Sankara. Et c'est d'ailleurs pour l'assassinat de l'ancien chef de la révolution burkinabè qu'il est réclamé par la justice ouagalaise.

Pour en revenir à la situation, Compaoré peut évidemment grâce à son lien avec ChantalTerrasson de Fougères prétendre à la nationalité ivoirienne. Il peut également introduire une demande auprès des autorités de l'hexagone pour acquérir la nationalité française. Mais compte tenu de la situation actuelle de fugitif, il ne faut pas rêver. En France, on n'offre pas la nationalité à un homme accusé de meurtre et qui refuse de se présenter devant la justice pour se laver des accusations qui pèsent sur lui. En Côte d'Ivoire, en revanche, en 2016, sous le règne du "démocrate" Alassane Ouattara, c'est possible et c'est ce que dit le décret pris par ce dernier en faveur de son ami. La première conclusion qui apparaît toutefois comme la plus évidente, c'est qu'il souhaite aider son convive à passer entre les mailles des instances judiciaires de son pays d'origine, le Burkina Faso.

Le chapitre premier du titre III du code de nationalité, portant sur les modes d'acquisition de la nationalité ivoirienne, permet en son article 12 que « sous réserve des dispositions des articles 13, 14 et 40 », la femme de nationalité étrangère qui épouse un Ivoirien puisse acquérir la nationalité ivoirienne à condition d'en faire la demande au moment de la célébration du mariage. Sous réserve des dispositions de l'article 40, l'homme de nationalité étrangère qui épouse une Ivoirienne peut aussi acquérir la nationalité ivoirienne, au moins deux (2) années après la célébration du mariage et à condition d'en faire la demande. C'est donc sur la base de ces seuls articles de la Constitution ivoirienne que le président ivoirien a offert sur un plateau d'or un cadeau aussi précieux que celui-ci à son ami.

L'inquiétant deux poids deux mesures de Ouattara.

M. Ouattara occulte de la procédure les prescriptions de l'article 40 qui stipule que « L'étranger qui a fait l'objet d'un arrêté d'expulsion ou d'un arrêté d'assignation à résidence ne peut acquérir la nationalité ivoirienne de quelque manière que ce soit ou être réintégré si cet arrêté n'a pas été rapporté dans les formes où il est intervenu ». Seulement, le cas de Compaoré est plus grave. L'ancien patron du Congrès pour la Démocratie et la Paix (CDP) était déjà sous le coup d'un mandat d'arrêt international pour assasinat au moment de sa naturalisation. Son refus de répondre à la convocation de la justice de son pays n'en fait pas non plus une personne de "bonne moralité" comme l'exigent les textes du code de naturalisation. Il n'aurait jamais dû bénéficier de la nationalité ivoirienne, en tout cas pas avant la fin de la procédure judiciaire qui le vise.

Alors qu'il a envoyé l'ancien président ivoirienLaurent Gbagbo, son propre compatriote, à la CPI pour crimes de sang, dit-il pour mettre fin à l'impunité, le même Alassane Ouattara accorde volontairement la nationalité ivoirienne comme bouclier à son ami Blaise Compaoré pour l'aider à se soustraire des griffes de la justice de son propre pays. Et pour se donner bonne conscience, il accepte de livrer certains pions de l'ex-Régiment de Sécurité Présidentielle (RSP), de véritables menus fretins, aux autorités judiciaires du Burkina Faso.


Lors de son récent passage à lElysée, Ouattara a dit qu'il n'enverrait plus aucun Ivoirien à la CPI après s’être débarrassé de son plus grand rival Laurent Gbagbo. L’actuel homme fort d’Abidjan s’est servi de la grave crise post-électorale ivoirienne de 2010 dans laquelle il a lui-même de grosses responsabilités au même titre que son rival pour s’offrir un paysage politique dans lequel il est le seul élément incontournable et indéboulonnable. Malgré ses effets d'annonce d'une justice ivoirienne capable désormais de juger des criminels, tous les anciens dignitaires de l'ex-rébellion accusés de graves atteintes à la dignité humaine occupe des postes "juteux" et font la pluie et le beau temps au sommet de l'Etat, sans que cela n'émeuve personne. C’est dire à quel point il devient de plus en plus hypothétique l'idée de les voir un jour devant un tribunal.

Il y a peu, Alassane Ouattara déclarait sur les antennes de la chaîne de télévision française Canal+, que si Gbagbo est un démocrate, lui préfère autre chose. À la lecture de son comportement et l'usage très personnel qu'il fait du pouvoir à lui conférer par la Constitution ivoirienne, on peut dire sans risque de se tromper qu'il tord le cou aux principes de bases de la démocratie.

Les morts burkinabé ne méritent-ils pas justice ?


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