Côte d'Ivoire : "Le Patriote", un média au service de la division

Par Gary SLM
Publié le 13 avril 2016 à 10:52 | mis à jour le 13 avril 2016 à 10:52

Le journal "Le Patriote", avec ces titres ronflants et une ligne éditoriale digne d'un journal de milice, ne cesse d'empoisonner la vie des Ivoiriens. Ce média adossé au pouvoir Ouattara refuse de tourner la page de la haine qu'il entretien au quotidien avec un grand esprit de créativité. Explication.

"Le Patriote", que cherche vraiment ce média ?

En Côte d'Ivoire, chaque mouvement politique s'offre un média pour sa propagande. Cette mode a commencé avec le FPI de Laurent Gbagbo avec plusieurs quotidiens, dont "Notre Voie" qui traverse les temps depuis sa création le 25 mars 1998. "Le Patriote" qui a vu le jour en 1991 portera aussi la parole du RDR, le parti de l'actuel président ivoirien, Monsieur Alassane Dramane Ouattara. Dans un cas comme dans l'autre, ces deux médias se livrent chacun après l'autre à du journalisme de clan, oubliant au passage le devoir et les responsabilités qui sont les leurs après l'accession de leur mentor au pouvoir.

Comme hier avec "Notre Voie" qui publiait des sujets faisant passer Laurent Gbagbo pour le "Messi" lui-même, "Le Patriote" ne raconte rien de mieux aux Ivoiriens si ce n'est que Ouattara est la victime de la politique ivoirienne de tous les temps. Il n'a jamais rien fait de mal, il a été victime de tout et de tout le monde. Et ce support passé expert dans l'art de maintenir ses lecteurs dans la haine des autres, notamment avec ses réguliers retours (ndlr : en tronquant au passage les faits) sur les douloureux événements qui ont secoué la Côte d'Ivoire, et dans lesquels le RDR a une plus que grande responsabilité, continue de diviser.

Les rédacteurs en manque de jugeote de ce média oublient même de faire la promotion des réalisations du président ivoirien, de son programme de gouvernement et de ses initiatives pourtant très nombreuses pour mener le pays à l'émergence en 2020. Ce qui les intéresse, remuer le couteau dans la plaie en évoquant inlassablement une histoire qui a fait, et fait, souffrir des Ivoiriens, toujours avec le RDR dans le plus beau rôle. Ce média oublie dans son feuilleton de ces derniers jours sur la crise ivoirienne que son parti politique a été l'allié de la rébellion militaire dirigée par Guillaume Kigbafori Soro, et qui a assassiné froidement, et dans des récits glaçant le sang de ses auteurs, des milliers d'autres Ivoiriens.

Des titres pour entretenir la tension

Le journal Le Patriote, fabricant de haine
Des titres d'un quotidien nostalgique de la période de crise en Côte d'ivoire.

Résultat, en Côte d'Ivoire, les vaincus continuent de regarder ceux qui jubilent aujourd'hui d'un œil bien rancunier, attendant patiemment que tourne la roue pour solder leurs comptes. Et le nullissime rédacteur en chef de ce quotidien aime visiblement cette ambiance. Après tout, ce ne sont pas les prix de complaisance régulièrement offerts à ses collaborateurs qui risquent de le pousser à réfléchir plus loin que le bout de son nez. Pour un journal dont le parti tient les guidons du pouvoir, ce papier ne fait rien pour amener les 45% d'Ivoiriens se reconnaissant en Gbagbo à placer l'intérêt supérieur de leur pays au-dessus de la politique. Dire qu'il y a des inconséquents pour applaudir ces élucubrations. Voilà comment "Le Patriote" accompagne le pouvoir RDR à mener la Côte d'Ivoire à l'émergence en 2020.

Dans son titre de première importance de ces derniers jours : "De Gbagbo à Ouattara, après les ténèbres... : Vols, Viols, Article 125, Corruption, Assassinats, Chômage - La Lumière : Échangeurs, Ponts, Routes, Autoroutes, Emploi jeunes, Écoles Universités, Eau, électricité, Sécurité."

Sous Ouattara, on en parle ?

Sous Ouattara, un phénomène nouveau est né en Côte d'Ivoire, il se nomme "Les microbes", essentiellement de jeunes adolescents qui mutilent leurs victimes, hommes et femmes quand ils ne les tuent pas pour les détrousser. Sous Ouattara, la Côte d'Ivoire peut désormais craindre le djihadisme depuis les cruels assassinats de Grand-Bassam. Sous Ouattara, les agissements des Dozo (chasseurs traditionnels) ont déjà révolté plus d'un dans le pays. Ces gens incontrôlables sont aujourd'hui source d'insécurité pour certaines populations. Sous Ouattara, des affrontements entre agriculteurs lobis et éleveurs peuls ont récemment fait 20 morts et une trentaine de blessés... Donc sous Ouattara, la Côte d'Ivoire n'est pas plus en sécurité qu'en 2002.

Sous Ouattara, le nombre de coupures d'électricité par semaine sont indénombrables dans des quartiers comme Yopougon et Abobo pour ne citer que ces deux-là. Sous Ouattara, les femmes ont récemment protesté parce qu'elles en avaient plus qu'assez des coupures intempestives d'eau. Encore Sous Ouattara, une chasse à l'homme avait lieu en début de cette semaine à l'Université de Cocody, entre policiers et étudiants, et ce n'est pas terminé. Sous Ouattara, c'était 1 million d'emplois promis par an à la jeunesse, pas tous les 5 ans. Les douilles de la lumière (Échangeurs, Ponts, Routes, Autoroutes) ont été placées par Bédié, Gbagbo a fait le raccordement de l'électricité et Ouattara a mis les ampoules pour éclairer ce qui l'est en ce moment. Comme dans tout pays qui se respecte, on parle de continuité de l'État.

Pourquoi ce quotidien qui prête régulièrement ses colonnes à une sorte de griots, qui comme des tonneaux vides, font beaucoup de bruits juste pour se faire remarquer des dirigeants ne pousse jamais la réflexion plus loin ? "Le Patriote" n'aurait-il pas bien fait de faire des retours réguliers sur le potentiel touristique de la Côte d'Ivoire, de son monde des affaires, de l'éducation de sa jeunesse, de l'incitation réelle de jeunes et femmes à entreprendre sans attendre que tout vienne de l'État ? Pourquoi garder l'œil fixé sur le rétroviseur quand on a décidé d'avancer ?


Afficher les commentaires
Articles les plus lus