CIV - BF : après la visite de Roch Kaboré, des Burkinabè déguerpis du Mont Péko ?

Par Gary SLM
Publié le 02 août 2016 à 12:51 | mis à jour le 02 août 2016 à 12:51

Les Burkinabè qui exploitent le Mont Péko et d'autres forêts classées en Côte d'Ivoire sont en passe d'être déguerpis. C'est du moins ce qui transparait des propos de Roch Kaboré, le président burkinabè au lendemain de sa visite ivoirienne. Mais avec leurs vastes plantations situées dans ces domaines protégés, quelle pourrait être l'incidence de cette décision sur leur quotidien ? Jeune Afrique s'est intéressé à ce dossier sensible aux multiples facettes.

Les Burkinabè jetés hors des forêts classées ivoiriennes ?

La question des Burkinabè installés illégalement dans le Mont Péko et d'autres forêts classées ivoiriennes devient des plus préoccupantes. C'est dans l'optique de désamorcer cette autre bombe que Roch Kaboré est monté au créneau lors de sa visite : « Nous avons eu des discussions autour du Mont Peko, une forêt classée. » Avant de préciser : « Effectivement, des populations burkinabè ont occupé cette forêt pendant la période où la Côte d’Ivoire traversait sa crise. Ils y ont commencé évidemment à planter du café, des cacaos et autres ». Et, depuis cette période, toutes les tentatives des autorités ivoiriennes de libérer ces 34.000 hectares de forêt sont restées inopérantes.

C'est donc pour donner une impulsion à cette initiative que les présidents Kaboré et Ouattara se sont entretenus sur le sujet lors de la 5e conférence du Traité d’amitié et de coopération (TAC) entre Abidjan et Ouagadougou. Ainsi, cette rencontre a permis aux deux chefs d'État de convenir d'un plan « d'évacuation de ces forêts classées ». Mais les 20.622 planteurs occupant illégalement ces forêts ne l'entendent pas de cette oreille. Que ce soit à « Petit Ouaga » ou dans d'autres campements adjacents, ces populations sont continuellement sur le pied de guerre. Ces occupants vont jusqu'à défier l'autorité des agents des Eaux et forêts ivoiriens qui tentent de s'y aventurer.

Et même si Maximilien Lompo, le porte-parole des Burkinabè du Mont Peko, affirme : « Tous les infiltrés sont sortis du parc et ont trouvé refuge dans des villages environnants. Néanmoins, ils continuent d’aller visiter leurs plantations qui attendent d’être récoltées en octobre. » Il n'en demeure pas moins que cette forêt est véritablement prise en otage par ces ressortissants du Faso voisin.

Le Mont Péko, le repaire d'une milice burkinabè ?

Ce serait une lapalissade d'affirmer que des groupes armés règnent en maître absolu dans la forêt du Mont Péko. Qui ne se souvient pas d'Amadé Ouérémi, ce seigneur de guerre qui y dirigeait une milice fortement armée. Même si ce dernier est actuellement sous les verrous, ses hommes sont bel et bien présents dans la zone. Ils y sont confortablement installés et prêts à défendre leurs vastes plantations de café et de cacao, illégalement exploitées. Les forestiers ivoiriens qui y ont fait un tour en ont pris à leurs dépens, le 29 juillet dernier.

Le gouvernement d'Alassane Ouattara s'est bien rendu compte que le Mont Péko échappe effectivement à son contrôle. Sinon, comment comprendre que des personnes s'installent illégalement dans une zone protégée sans que l'État réagisse ? Quelle sécurité pour cette zone de l'ouest qui a connu les affres de la guerre décennale et surtout de la crise post-électorale ? Cette forêt classée ne pourrait-elle pas être la rampe de lancement d'une autre crise humanitaire en Côte d'Ivoire ? Quoi qu'il en soit, l'exemple de l'est de la RDC où règnent milices et rébellions doit interpeller les gouvernants ivoiriens. Même si le président burkinabè dit « pouvoir travailler à la défense des intérêts de ses compatriotes », le président Ouattara ne devrait nullement occulter ceux de la Côte d'Ivoire et des Ivoiriens.


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