Côte d’Ivoire : Après avoir affaibli Ouattara, les mutins retournent en casernes

Par Gary SLM
Publié le 17 mai 2017 à 10:08 | mis à jour le 17 mai 2017 à 10:08

Ces derniers jours ont été particulièrement éprouvants pour le président de la Côte d’Ivoire, M. Alassane Ouattara. Les mutins qui font son malheur ont certes regagné leurs casernes, mais seulement après avoir mis à mal son autorité.

Fin de la mutinerie... Quelle suite pour Ouattara ?

Pour arracher le pouvoir à Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara avait eu recours aux services des soldats des Forces Nouvelles. Ces personnes qui avaient fait son bonheur hier font aujourd'hui son malheur. L’actuel président ivoirien avait promis beaucoup d'argent à ces ex-rebelles pour les motiver à dégager Gbagbo en 2011. C’est justement ce pécule qu’ils voudraient bien percevoir aujourd’hui.

« On reconnait un artiste par le maniement de son instrument », disait un soldat rebelle. Ce dernier justifiait ainsi la prise des armes par les mutins au moment de rappeler aux dirigeants leurs promesses. Le président voulait bluffer avec ces anciens guerriers en jouant la carte de la fermeté. Il sait désormais qu’il n’a plus de marge de manœuvre face à ces hommes prêts à faire chanter la kalach. La carte de la fermeté envisagée sera très vite abandonnée après s’être fait désavouer par son allié le PDCI. Ce poids lourd du RHDP a en effet indiqué au président le chemin du dialogue avec les ex-rebelles.

La vérité est aussi qu’il faut une armée motivée pour mater des soldats récalcitrants. Les forces dites loyalistes n’ont pas fait preuve de grande motivation et cela s’explique par une raison simple. Le président Ouattara a distribué la première partie des primes de 12 millions de FCFA aux ex-rebelles en janvier. Alors qu’ils ont maintenu debout les institutions du pays contre ces ex-rebelles qui s’adonnaient à des trafics et pillages en tout genre dans leurs zones, les FDS seront ignorés au moment de la distribution du gâteau. Alors aller libérer Bouaké de ces mêmes ex-rebelles dans le cadre d’un deal qui a mal tourné n’était pas vraiment très motivant pour eux.

Ouattara, un président affaibli par ces propres hommes

À l’annonce de la décision de fermeté du gouvernement, les anciens soldats n’ont pas hésité à brandir de nouvelles armes et défier le pouvoir d’Abidjan. Même si ces armes viennent, selon certaines sources, de la résidence d’un proche du président de l’Assemblée Nationale, leur nombre a fichu la trouille côté gouvernement. Certains cadres et ministres n’ont pas hésité à envoyer leurs proches en sécurités, des réactions qui permettaient aux soldats d’évaluer à temps réel le rapport de force.

Comme il fallait s’y entendre, le président a payé ou va le faire dans les jours à venir. Même si les modalités restent confidentielles, l’AFP, assure que le président Ouattara a promis de bientôt cracher dans le bassinet.

Voilà qui donne désormais une image nouvelle au président Ouattara. Il est pour beaucoup un homme sans réelle emprise sur son armée et donc incapable de diriger efficacement la Côte d’Ivoire. Dans l’opposition, le président Ouattara disait lui-même à Laurent Gbagbo « Quand on est incapable de gouverner le pays, on quitte le pouvoir». Ces dernières heures, certains auraient aimé le voir se l’appliquer à lui-même.

Avec une économie en berne, l’affaire de l’agrobusiness, les revendications des fonctionnaires, les mutineries qui rythment la vie des Ivoiriens et surtout l’absence des centaines de milliards qu’il avait promis aux régions pour leur développement, Ouattara est loin d’avoir convaincu les Ivoiriens par sa gestion du pays.

Cette énième mutinerie a au moins le mérite de servir de leçon à certains proches de Ouattara. La vie d'un régime en Afrique dépend de la détermination de ceux qu'il a en face. Ils le savent désormais.


La paix par la cohésion sociale est finalement plus sure que celle imposée par les armes.

Patrice Dama : consultant - spécialiste de la Côte d'Ivoire.


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