Côte d’Ivoire: Gnamien Konan "déçu" par le discours d’Alassane Ouattara au parlement

Gnamien Konan
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Publié le 02 avril 2019 à 20:29 | mis à jour le 02 avril 2019 à 20:29

Le Député ivoirien et président du parti politique "La Nouvelle Côte D'Ivoire", Gnamien Konan a indiqué mardi avoir "été déçu" par le discours du chef de l’Etat, Alassane Ouattara lundi lors de la cérémonie d’ouverture de la session ordinaire 2019 de l’Assemblée nationale, dans une lettre publiée sur les réseaux sociaux et adressée au président de la République.

Gnamien Konan s'attendait à "de grandes annonces"

"(…) je me suis dit que vous alliez faire nécessairement de grandes annonces, apaisantes et structurantes (…) alors Excellence Monsieur le Président, avec tout le respect que je vous dois, j'ai été déçu", a écrit Gnamien Konan sur sa page Facebook.

Au cours de cette session ordinaire, le Chef d’Etat, conformément à l’article 115 de la constitution qui l’y autorise, a fait une adresse aux députés, représentants de la nation ivoirienne dans toute sa diversité. Le Président de la République a félicité l’ensemble des députés pour leur importante contribution à la marche du pays, avant de rendre un vibrant hommage au nouveau président de l’Assemblée nationale, M. Amadou Soumahoro, un « homme de grande expérience, compétent, engagé, honnête et courageux ».

Il a souligné que la mise en place d’Institutions fortes et crédibles lui parait « essentielle » et a souhaité que les efforts entrepris soient poursuivis pour une collaboration renforcée entre l’Exécutif et le Législatif. Le Chef de l’Etat a relevé que l’Assemblée Nationale est le « creuset de tous les courants d’idées et de toutes les sensibilités dont l’expression traduit la volonté de l’ensemble de nos compatriotes », avant de saluer le bilan du Gouvernement qui a montré des avancées significatives au cours de ces dernières années.

Après avoir fait remarquer par des exemples concrets que la réconciliation est bel et bien une réalité en Côte d’Ivoire, le Président de la République a évoqué la question du réexamen de la composition de la Commission Electorale Indépendante (CEI) et a souhaité que les discussions se fassent dans la confiance, de façon à faire progresser la démocratie dans notre pays. A cet égard, il a demandé aux uns et aux autres « d’arrêter de se faire peur » dans la perspective de l’élection présidentielle de 2020, promettant que celle-ci se déroulera dans la sérénité et une bonne ambiance.

"Je m'attendais à des annonces du genre, GBAGBO va être libéré, j'ai téléphoné à Fatou, elle ne fera plus appel et en plus, Dogbo Blé et ses amis seront libérés, on était en guerre donc nous tous on est dedans. Ou je vous le répète pour une dernière fois, je ne serai pas candidat à la présidentielle d'octobre 2020, après ce deuxième mandat. Ou bien, la CEI sera présidée par un Ivoirien de profil ingénieur chef de projet issu de la société civile suite à un appel à candidature. Ou bien j'ai décidé de remercier les ministres politiques pour former un gouvernement de 15 technocrates qui se contenteront de faire leur travail pendant que les autres pourront suivre tranquillement les traces d'Houphouet Boigny en renaissant là où ils le désirent", a expliqué Gnamien Konan.

La lettre de Gnamien Konan à Alassane Ouattara

"Monsieur le Président de la République.

Je voudrais vous remercier pour votre présence extraordinaire à la rentrée parlementaire ce premier avril 2019. J'avoue que je faisais partie de ce qui ont cru au poisson d'avril. Je dois admettre qu'à l'arrivée, je me demande si j'ai eu tord. En effet, lorsqu'une fois dans l'auditorium, j'ai appris que vous alliez vous adresser à nous, donc au peuple de Côte d'Ivoire, comme le prévoit notre constitution, je me suis dit que vous alliez faire nécessairement de grandes annonces, apaisantes et structurantes pour parler comme Achi Patrick. Du lourd en somme. Puisqu'il y avait dans l'auditorium beaucoup de blancs, ceux nous disent ce que nous devons ou ne devons pas faire et fabriquent notre CFA. Mais à l'arrivée disais-je, en dehors des éloges plus ou moins justifiés, au vu de notre constitution qui sépare les pouvoirs de l'exécutif et du législatif, adressés au tout nouveau PAN, ce fut un copier coller de la conférence de presse du PM du 21 mars dernier. Oui, je m'attendais à des annonces du genre, GBAGBO va être libéré, j'ai téléphoné à Fatou, elle ne fera plus appel et en plus, Dogbo Blé et ses amis seront libérés, on était en guerre donc nous tous on est dedans. Ou je vous le répète pour une dernière fois, je ne serai pas candidat à la présidentielle d'octobre 2020, après ce deuxième mandat. Ou bien, la CEI sera présidée par un Ivoirien de profil ingénieur chef de projet issu de la société civile suite à un appel à candidature. Ou bien j'ai décidé de remercier les ministres politiques pour former un gouvernement de 15 technocrates qui se contenteront de faire leur travail pendant que les autres pourront suivre tranquillement les traces d'Houphouet Boigny en renaissant là où ils le désirent. On ne peut pas pendant des années payer des ministres avec l'argent du contribuable pour qu'ils soient tout le temps en campagne! J'entends déjà: les oh même en France, c'est comme cela. Mais nous ne pourrons jamais les rattraper si nous ne faisons pas mieux qu'eux dans la

gouvernance. Comment un coureur peut-il rattraper ceux qui le devancent si ses efforts le limitent à la vitesse de ces derniers? Il nous faut dans tous les domaines une véritable révolution. Se contenter des feves de cacao, des noix de cajous, d'une École coloniale et du FAFCI pour relever les défis de la mondialisation, c'est suicidaire. Je l'ai déjà dit: cette fameuse croissance qui nous fait rougir de plaisir et d'orgueil, n'est en aucun cas, le résultat d'une quelconque réforme. Elle est due à un effet de ressort. En effet, la Côte d'Ivoire a été divisée et comprimée par une décennie de crise militaro-politique. L'accalmie, suite à la victoire d'un camp a libéré les énergies. D'ailleurs si avions obtenu la réconciliation et réduit la corruption, nous serions à au moins 13% de taux de croissance, sans rien faire non plus. Essayez vous verrez! Alors Excellence Monsieur le Président, avec tout le respect que je vous dois, j'ai été déçu et abandonné avec mon machoiron d'avril. Ce n'est que partie remise n'est-ce pas?"


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