Côte d'Ivoire: Le mont Segaï divise profondément le Guemon et le Tonpki

Le Mont Segaï à l'origine d'un conflit entre les villes de Bangolo et de Logoualé
Par Jean Kelly Kouassi
Publié le 10 septembre 2019 à 14:21 | mis à jour le 10 septembre 2019 à 14:21

Le litige qui oppose les villes de Bangolo et de Logoualé autour de la paternité du Mont Segaï, divise profondément autochtones Guéré et Yacouba originaires de ces deux localités respectives du Guemon et du Tonpki. Dans une déclaration, la jeunesse Wê dénonce la tentative d'"expropriation" d'un bien ancestral avec en complicité des autorités préfectorales du Tonkpi. l'UNAJWE dit redouter des troubles et invite le chef de l'Etat, Alassane Ouattara à "surseoir" à cette annexion de leur patrimoine régional.

Ci-dessous l'intégralité du communiqué de l’UNAJWE relatif à l’annexion du Mont Segaï

L’Union Nationale de la Jeunesse wê des régions du Guémon et du Cavally (UNAJWE CG) a appris avec consternation l’annexion du mont Segaï par la commune de Logoualé à travers l’entremise des préfets desdits départements.

En effet, dans un post publié sur le réseau social Facebook en date du mercredi 4 septembre 2019, Jeannette Badouel, maire de Logoualé, s’empresse d’annoncer qu’elle a été saisie par l'État ivoirien via le préfet de la région du Tonkpi pour le règlement définitif du litige foncier qui existait entre Bangolo et Logoualé depuis l’opération de délimitation des frontières entre ces deux départements, initiée par le gouvernement. Tout en félicitant le chef de l’Etat, Alassane Ouattara, celle-ci annonce le bornage des travaux de délimitation des frontières entre la sous-préfecture de Logoualé (région du Tonkpi) et Bangolo (région du Guémon) prévu vendredi 6 septembre 2019 en présence du Préfet de région du Tonkpi et celui du Guemon.

Cependant les cadres et élus de la région du Guémon (président du Conseil régional, sénateurs, maires, députés…) n’ont pas été associés à cette rencontre. Le préfet du département de Bangolo, Chérif Brahima et son collègue de Logoualé, ont préféré associer des chefs de villages en lieu et place des cadres et élus. Une attitude qui a surpris plus d’un dont M. Zahé Antoine, 4ème adjoint au maire de Bangolo.

Pour rappel, la montagne Segaï est située dans la Commune de Bangolo, à neuf (9) km de la ville sur l’axe Bangolo-Logoualé. Son nom Segaï vient du nom du guerrier et patriarche Seh (Seh gaï : Seh est tombé, mort). Sinon, cette montagne était appelée ‘‘Tôtrou’’ (la montagne de la sagesse). Quant à la délimitation des frontières, il convient de souligner que la rivière KO est la frontière naturelle entre ces deux départements séparés par 12 kilomètres. Le peuple Yacouba le sait très bien car le terme Guéré utilisé pour désigner le peuple wê n’est rien d’autre qu’une déformation du colon des mots Yacouba ‘‘Guêlê’’ et ‘‘Guêmou’’.

Par ailleurs, une étude d’exploration avait été menée par l’entreprise Tata Steel en 2009 en vue de l’exploitation de cette montagne regorgeant des minerais (or, fer…). L’entreprise spécialisée dans la recherche de minerais de fer était installée dans les sous-préfectures de Bangolo, Logoualé, Zéo et Zou avec environ soixante-dix (70) employés locaux. Le projet sera abandonné pour des raisons jusque-là inconnues.

En lieu et place, un projet de délimitation du territoire initié par le gouvernement.

L’UNAJWE attend des explications de l’autorité étatique notamment le décret ou arrêté ministériel donnant droit aux préfets desdits départements d’agir de façon unilatérale en ignorant les cadres et élus du Guémon. Nous dénonçons avec la dernière énergie le mépris des préfets de Bangolo et de Logoualé à l’égard de notre peuple.

Nous interpelons le chef de l'État ivoirien sur les conséquences de cette opération de délimitation de frontières entre Bangolo et Logoualé dont la limite naturelle est le fleuve KO. De même, nous demandons au chef de l’Etat de surseoir à cette annexion de notre patrimoine régional, cette montagne sacrée où reposent nos grands-parents car cette situation laisse présager, à coup sûr, des troubles.

Fait à Abidjan, le 09/09/2019

Eric Doffo,

Président de l’UNAJWE


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