« Oloturé », le film Netflix sur la prostitution cartonne au Nigéria

Oloturé : ce film Netflix qui fait sensation
Par Eugène SAHI
Publié le 04 janvier 2021 à 17:16 | mis à jour le 30 mars 2021 à 20:16

"Oloturé" ou encore "Òlòtūré", c’est la nouveau film Netflix qui marche en ce moment à Lagos. Une journaliste se faisant passer pour une prostituée, veut dénoncer la traite des êtres humains. Ce qu'elle découvre est un monde de femmes exploitées et utilisé comme objets sexuels.

Oloturé, ce film Netflix qui fait sensation sur le continent

Si les histoires vraies incommodantes sont votre tasse de thé, il faut vous tourner vers le film Netflix du moment. La fiction Oloturé du réalisateur Kenneth Gyang, qui dure 1h 46mn, marque les esprits. En ligne depuis le 2 octobre 2020 dans une parfaite indifférence et sans phase promotionnelle intensive, "Oloturé", qui pose un regard édifiant sur le monde de la prostitution au Nigéria, a vite viré en tête des meilleurs films Netflix du moment. Le scénario est tiré d'une histoire vraie d’une jeune journaliste infiltrée. Elle s’est retrouvée face au monde impitoyable de la pègre.

La journaliste Tobore Ovuorie voulait faire la lumière sur l’exploitation de la gente féminine dans le cadre de son métier. C'est pourquoi, sous le pseudonyme de Oghogho, elle est arrivée à pénétrer dans un réseau où les femmes sont transformées en esclaves par de riches hommes d’affaires. Bienvenu au coeur de l’horreur. Ce film intègrera la liste des long-métrages cultes. C'est la perte d'une personne qu'elle connaissait qui a renforcé son envie de se jeter à corps perdu dans cette enquête de vérité. Par son action, Tobore Ovuorie voulait sauver des femmes incapables de se soustraire de cette vie de misère.

A l’écran, le personnage le plus poignant est celui de Linda, une jeune fille peu éduquée originaire d’un village rural et pauvre, qui se lie d’amitié avec Oloturé. Linda « représente ces femmes qui pensent que leur vie sera meilleure en Europe avant de connaître la désillusion », affirme Tobore, qui a « croisé beaucoup de femmes comme Linda », au cours de son enquête. Cette œuvre cinématographique sensibilise les femmes africaines prêtes à courir des risques inconsidérés croyant fuir la misère.

Ce que l'enquête et par extension le film Oloture disent du Nigéria est criant de brutalité.

Cependant, les critiques des spectateurs portent à contrarier l’originalité du film qui pour certains, serait un excellent film sans toutes ces scènes surjouées, exagérées menées par une journaliste jugée trop naïve. « Le sujet de Oloturé est vraiment important. Cependant ce n'est pas parce qu'il couvre un sujet important que cela en fait une bonne oeuvre », lance une spectatrice critique du film.

« On est touché par le désespoir de ces femmes mais nullement ému car le film ne va jamais assez loin, trop timoré, avec une héroïne qui ne paraît tout simplement pas à sa place. On ne saurait que vous rappeler qu'il y a bien plus percutant sur ce domaine comme les très bons "Terre Promise" (2005) et "Sex Traffic" (2006) », renchérit un amateur de films Netflix sur le site Seleni.

« Il y avait des moments où c'était presque comique comme dans les comédies. Je ne sais pas si c'est juste les Nigérians qui ont une façon différente de parler et de se comporter. Parfois j'ai senti que les acteurs sur agissaient. De plus, ils essaient de dépeindre le personnage du journaliste comme étant une fille naïve qui est choquée par la façon dont elle est traitée; ce qui me semble ridicule. Elle était choquée chaque fois qu'elle devait faire quelque chose qui impliquait d'être prostituée. Si vous êtes infiltré en tant que tel, vous devriez vous attendre à devoir faire des choses indésirables. C'est dommage car les mauvais acteurs et les personnages illogiques ont rendu plus difficile la prise au sérieux du film », a déploré un internaute.

Dans la vraie vie, Tobore dont l’histoire a inspiré cette production nigériane à succès, n’est plus que « l’ombre » d’elle-même. Avec sa robe Vichy qui tombe en dessous du genou, difficile d’imaginer cette journaliste nigériane arpenter les trottoirs pauvres de Lagos, la capitale économique du Nigeria, en tenue courte et escarpins.


C’est en 2013 que Tobore Ovuorie se fait passer pour une travailleuse du sexe, après le décès d’une amie, partie se prostituer en Europe sous la coupe d’un réseau mafieux. « J’ai voulu lui rendre justice et raconter l’histoire derrière ces femmes exploitées » en Occident, raconte à l’AFP la reporter aujourd’hui âgée de 39 ans. Son objectif : « gagner la confiance des prostituées » pour qu’elles lui présentent une « Madame », l’une de ces trafiquantes proxénètes qui envoient des dizaines de filles travailler pour elles en Europe.

Après huit mois d’enquête sous couverture, Tobore Ovuorie revient avec un récit effarant sur les actes de maltraitance commis à l’encontre des jeunes filles, mais aussi d’orgies organisées par des politiciens locaux et des trafics d’organes pour des crimes rituels. Son récit, publié en 2014 par le quotidien nigérian Premium Times et le magazine d’investigation néerlandais Zam Chronicles, a inspiré une société de production au Nigeria qui l’a adapté à l’écran.

Malgré les critiques, l’oeuvre de Tobore Ovuorie est un de ces grands films qui vous restent en tête toute votre vie. Les millions d’abonnés de Netflix, à travers "Oloturé », continueront de se faire une idée sur le début des expériences chaotiques de certaines africaines prostituées sur les trottoirs en Europe.


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