Bénin: Vague d'indignation après l'interpellation de l'opposant Joël Aïvo

Par Jean Kelly Kouassi
Publié le 20 avril 2021 à 13:16 | mis à jour le 20 avril 2021 à 13:16

Au Bénin, l'arrestation survenue, jeudi dernier, de l'opposant Joël Aïvo, continue de susciter des réactions au sein de la classe politique béninoise.

Bénin: Ce qui est reproché à l'opposant Joël Aïvo

Une énième interpellation qui vient rallonger le nombre d'opposants qui croupissent en prison au Bénin depuis l'avènement au pouvoir de Patrice Talon, réélu récemment à un second mandat présidentiel. Jeudi dernier, Joël Aïvo, candidat recalé à la présidentielle du 11 avril dernier, a été interpellé par les forces de l'ordre non loin du campus de l’Université d’Abomey-Calavi où il aurait fini un cours quelques minutes plus tôt.

Entendu par le procureur spécial près la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) dans la journée du vendredi, le constitutionnaliste a été inculpé puis placé sous mandat de dépôt, pour des faits en lien avec les dernières manifestations qui ont secoué plusieurs villes du pays  à la veille du dernier scrutin présidentiel. L'opposant est en effet accusé par le régime Talon "d'atteinte à la sûreté de l'État et de blanchiment de capitaux". Son procès devrait probablement s'ouvrir en juillet prochain, selon des informations confirmées par la justice béninoise.

La réaction de Me Barnabé Gbago, avocat de Aïvo Joël

Selon Me Barnabé Gbago, avocat de Aïvo Joël, les charges retenus contre son client, ont changé. L'homme de droit qui s'exprimait, vendredi dernier, au micro de RFI, estime qu'il ne saurait jusqu'à ce jour se prononcer sur les charges réelles retenues contre son client. D'autant plus qu'ils n'ont pas encore reçu le dossier. « Nous ne savons pas encore dans quel sens vont évoluer les accusations portées contre Joël Aïvo, surtout qu’entre le jour où il a été appréhendé par la police et aujourd’hui, les chefs d’inculpation ont changé. », a-t-il confié.

« Au début, on a dit que c’était incitation à la violence, à des manifestations illicites, et aujourd’hui on nous dit qu’il y a blanchiment de capitaux et tentative de coup d’Etat, rappelle l'avocat. Voilà ce qu’on nous a dit, mais nous n’avons pas encore le dossier. Les pièces du procureur, de l’accusation ne nous ont pas encore été données donc il nous est difficile pour l’instant d’avoir une idée précise du dossier des accusations portées contre notre client. Donc nous sommes sûrs de rien, les choses ne sont pas encore claires», avait dit l'avocat, vendredi dernier.

La position de Moïse Kérékou, colistier de l'opposant arrêté

Au nombre des réactions qui se succèdent depuis l'arrestation de cet opposant au régime Talon, la classe politique béninoise n'est évidemment pas restée en marge. Pour Moïse Kérékou, fils de l'ex-président Mathieu Kérékou, Pr Joël Aïvo, qu'il présente comme un "homme intègre et légaliste", ne mérite pas le sort que lui fait subir, le régime en place. "C’est avec un cœur meurtri que j’ai appris et suivi l’interpellation et l’emprisonnement du Professeur Aïvo Joël avec lequel j’étais en duo dans le cadre des élections présidentielles de 2021 pour le compte du Front pour la Restauration de la Démocratie (FRD). Comme vous le savez tous, notre duo a été recalé faute de parrainage. Je connais le Professeur Aïvo depuis 2006, c’est un légaliste et un homme intègre. Il ne mérite pas ce sort", s'est-il exprimé.

Kérékou fils a eu une pensée pour Reckya Madougou, une autre candidate recalée de l'opposition, incarcéré depuis le mois de mars dernier. Proche de l'ancien président Boni Yayi, elle est accusée d'avoir financé une opération visant à perturber le scrutin présidentiel en perpétrant des actes de terreur – et en l'occurrence, il serait question de l'assassinat programmé de deux personnalités politiques. D'autres personnes ont aussi été arrêtées dans cette même affaire.

Le scrutin du 11 avril 2021 au Bénin, s'est déroulé dans un cadre socio-politique relativement apaisé, sans la participation de prétendants sérieux de l'opposition. Ces opposants avaient soit vu leurs dossiers de candidatures, rejetés par l'organe électoral, soit ont été contraints à l'exil par le régime. Candidat à sa propre succession, Patrice Talon a, sans surprise, été réélu dès le premier tour avec plus de 86% des suffrages exprimés.


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