Idriss Déby Itno: Les obsèques officielles du Maréchal du Tchad ce vendredi

Par Eugène SAHI
Publié le 20 avril 2021 à 22:18 | mis à jour le 20 avril 2021 à 22:18

Les obsèques nationales du président du Tchad Idriss Déby Itno, tué lundi en dirigeant des combats de son armée contre des rebelles, auront lieu vendredi à N’Djamena

Des chefs d'État amis annoncés aux obsèques officielles du Maréchal du Tchad

Tué lundi 19 avril en dirigeant des combats de son armée contre des rebelles du FACT, les funérailles d’ Idriss Déby Itno, président et seigneur de guerre, seront organisées vendredi 23 avril 2021 à Ndjamena.

Selon un communiqué de la présidence tchadienne, publié ce mardi 20 avril, «les obsèques officielles du Maréchal du Tchad, Président de la République [...] Idriss Déby Itno, décédé le 19 avril 2021, se dérouleront sur la place de la Nation le vendredi 23 avril», en présence «de chefs d'État et de gouvernement des pays amis», lit-on.

A en croire la télévision nationale tchadienne, le chef de l’État aurait succombé à des blessures reçues au combat le 19 avril dans la région du Kanem face aux rebelles du Front pour l’alternance et la concorde au Tchad (FACT). Il avait été annoncé vainqueur quelques heures plus tôt de la présidentielle tchadienne avec 79,32 % des voix et aurait entamé son sixième mandat.

« Un conseil militaire de transition [CMT] est mis en place pour assurer la défense de notre cher pays dans cette situation de guerre contre le terrorisme et les forces du mal afin d’assurer la continuité de l’État », a déclaré l’armée.

La transition sera dirigée par Mahamat Idriss Déby. Ce dernier, fils d’Idriss Déby Itno, est général de l’armée tchadienne et dirigeait depuis de nombreuses années la Direction générale des services de sécurité des institutions de l’État (DGSSIE), dont fait partie la garde présidentielle, accusé d’avoir planifié l’assassinat du président tchadien.

Qui était le rebelle Marechat Idriss Déby Itno

Né en 1952 à Berdoba, non loin de Fada dans le nord-est du Tchad, ce fils de berger a une trajectoire et une carrière militaire et politique qui ont fait de lui un homme à poigne. Il ne pouvait en être autrement dans le contexte particulièrement tourmenté que le Tchad a vécu depuis 1960. Entre guerre et paix.

C’est après le baccalauréat qu’il entame sa formation à l’Ecole des officiers à N’Djamena. Puis il se rend en France d’où il rentre nanti de sa licence de pilote professionnel (spécialité transport des troupes). D’ethnie Zaghawa de tradition guerrière et dans un pays où la guerre est devenue un sport national, son destin va vite se dessiner.

Idriss Déby Itno gravit les échelons. Quand la guerre civile éclate en 1979, il est avec Hissène Habré. Commandant en chef des Forces armées du nord (FAN) pendant la rébellion contre le président Goukouni Weddeye, qui dirige le Gouvernement d’union nationale de transition (GUNT) en 1980. «Pendant que nous étions en pleine guerre contre Goukouni Weddeye, Hissène Habré nous a envoyés consulter un marabout sur la suite des opérations. Et au cours de cette consultation, le marabout nous a dit curieusement qu’Idriss Déby Itno deviendrait un jour le président de la République du Tchad», confie le général Gouara Lassou, ancien compagnon d’armes d'Hissène Habré, prédécesseur d’Idriss Déby Itno à la tête des FAN et ancien ministre des Affaires étrangères du Tchad.

Deux ans après, en 1982, Déby est le premier à entrer à N’Djamena à la tête de la colonne rebelle qui chasse Goukouni Weddeye du pouvoir pour installer Hissène Habré. Il est alors promu colonel. Idriss Déby Itno repart en France à l’Ecole de guerre interarmées en 1986. De retour l’année d’après, le président Hissène Habré lui confie le poste de conseiller à la Défense et la sécurité.

Hissène Habré chassé du pouvoir et le faiseur de roi devient maréchal

«Dès la prise du pouvoir [par Hissène Habré, ndlr] en 1982, Déby va connaître une ascension fulgurante: commissaire aux armées et à la sécurité du parti-Etat et, surtout, "comchef" des FANT. C’est à ce poste qu’il va s’illustrer et marquer la mémoire des sudistes qui l’ont subi de la manière la plus tragique qui soit.

Les milliers de familles endeuillées dans la répression aveugle et sanglante de 1984 qui a généré le "septembre noir", c’est lui; la liquidation de centaines de cadres sudistes, c’est encore lui, jusqu’à la pacification totale du sud. Ces années noires lui colleront à jamais à la peau et il en éprouvera un complexe qui va marquer ses relations avec les sudistes.»

Entre Hissène Habré et lui, les relations finissent par se détériorer. Et, le 1er avril 1989, il décide de quitter N’Djamena avec un certain nombre de compagnons pour le maquis, dans une opposition qui se transformera en Mouvement patriotique du salut (MPS).

Le régime Habré ne se prive pas de taxer le colonel des Forces armées nationales du Tchad (FANT) devenu rebelle d’être à la solde de la Légion islamique de Kadhafi. Il l'accuse de tentative de coup d’Etat.

De fait, le 1er décembre 1990, Déby chasse Hissène Habré pour s’installer lui-même au palais présidentiel. Un palais flambant neuf dont le dictateur déchu n’a pas eu le temps de prendre possession avant de s’enfuir au Sénégal avec plusieurs milliards de francs CFA. Non sans avoir tué de sang froid son cousin, le commandant Hassan Djamouss (héros de la guerre contre la Libye) gardé dans les geôles du palais après sa capture au cours des batailles ayant précédé la sortie du Tchad du mouvement du 1er avril 1989.

Militaire de carrière, redoutable tacticien, le président tchadien muselle toute opposition depuis des décennies.




Afficher les commentaires
Articles les plus lus