Burkina Faso: Comprendre le Blocus du convoi de l’armée française

mystérieux convoi de l’armée française
Par Eugène SAHI
Publié le 21 novembre 2021 à 12:08 | mis à jour le 21 novembre 2021 à 12:08

Un mystérieux convoi de l’armée française est en difficulté depuis le 18 novembre 2021 dans le centre-nord du Burkina Faso, à cause d’un blocus imposé depuis la veille par des jeunes manifestants opposés à la présence de l’armée française dans le Sahel.

Toute la vérité sur le blocus imposé au mystérieux convoi de l’armée française au Burkina Faso

L’opposition aux soldats français grandit au Burkina Faso. Au moins quatre personnes ont été blessées samedi à Kaya, principale ville du centre-nord du pays, où des manifestants s’opposent depuis jeudi au passage d’un important convoi logistique de l’armée française, en transit vers le Niger voisin.

A en croire l’état-major français, le « convoi d’une soixantaine de camions et d’une centaine de militaires français parti d’Abidjan se dirigeant vers Niamey puis Gao », n’est « pas un convoi pour transporter des armes aux djihadistes, comme on peut le lire sur des réseaux sociaux ».

Cependant, « ce matin, la tension est montée d’un cran entre les manifestants et les soldats de l’armée française qui ont passé la nuit, sur un terrain vague. Alors que des manifestants tentaient de s’approcher du périmètre, des soldats ont procédé à des tirs de sommation », a expliqué une source locale jointe à Kaya, évoquant « des blessés par balles », rapporte ce dimanche le site 20minute.fr.

« Quatre personnes blessées par balles ont été reçues aux services des urgences du centre hospitalier régional de Kaya », a précisé de son côté une source hospitalière, indiquant que le « pronostic vital des patients n’est pas en jeu ».

Convoi de l’armée française à Kaya: L’origine inconnue des tirs

Si le convoi a pu franchir les étapes de Bobo-Dioulasso et Ouagadougou où il avait été temporairement bloqué, à Kaya (ville à 100 kilomètres de Ouagadougou), la tâche s’annonce beaucoup plus ardue avec des centaines de manifestants postés à l’entrée de la ville et déterminés à ne pas céder d’un pouce.

Le quotidien d’Etat Sidwaya faisait état samedi soir de « trois blessés suite aux tirs de sommation », précisant que l’un d’eux a « reçu une balle dans la joue ». L’AFP n’a pu déterminer l’origine des balles, les soldats français et burkinabés ayant tous effectué des tirs de sommation pour disperser les manifestants selon des sources concordantes.

"Nous sommes dans une situation sécuritaire très complexe. Jour et nuit, nous perdons nos soldats au front et ne comprenons pas ce qui se passe. Et bizarrement nous voyons des camions de l’armée française qui traversent notre pays en direction du Niger. Nous demandons tout simplement à l’armée française de nous dire ce qu’il y a à l’intérieur de ces camions, nous exigeons de le voir", avait expliqué aux médias burkinabè, Roland Bayala, porte-parole de la COPA/BF, lors de la tentative de blocage à Ouagadougou le 17 novembre.

La politique africaine de la France à la croisée des chemins

Pour les manifestants, la France a une grande part de responsabilité dans l’insécurité au Burkina Faso et au Sahel. En témoignent les propos du Premier ministre malien Choguel Kokalla Maïga, qui a récemment accusé l'Hexagone d’avoir entraîné des groupes armés terroristes au Mali.

En tout état de cause, pour Emmanuel Desfourneaux, directeur de l'Institut afro-européen de Paris, interrogé par Sputnik, la situation actuelle au Burkina Faso constitue un "échec" pour Emmanuel Macron.

"L’armée française est perçue par une grande partie de la jeunesse de pays comme le Burkina Faso, le Mali ou le Niger comme étant une armée d’occupation. Et cela se perçoit à travers cet événement qui, vraiment, est sans précédent et plus que jamais symbolique d'un rejet réel de l’armée française et plus généralement de la politique africaine de la France. On voit bien qu’Emmanuel Macron a voulu faire de la jeunesse africaine sa cible prioritaire. Il y a eu le discours de Ouagadougou et le sommet inédit Afrique-France à Montpellier pour cette jeunesse. Et c’est aujourd’hui cette même jeunesse qui, en Afrique, ne semble pas être en accord avec la politique africaine d’Emmanuel Macron. Je vois donc cela comme un échec du Président français", a-t-il déclaré.

Il faut par ailleurs noter que le blocage de ce convoi survient alors que des manifestations contre la dégradation continue de la situation sécuritaire, se déroulent dans plusieurs villes du Burkina Faso, avec pour élément déclencheur, l’attaque du poste de gendarmerie d’Inata, dans le nord du pays.

Le bilan officiel provisoire de cette offensive perpétrée par des hommes armés le 14 novembre s'élève à 53 morts (49 gendarmes et quatre civils) et se présente comme l’un des plus lourds subis par les forces de défense et de sécurité depuis la contagion djihadiste en 2015.

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