Roland-Garros - Noah: Victoires et regrets de l'ancienne gloire du tennis

Yannick Noah, le
Par Eugène SAHI
Publié le 19 mai 2022 à 00:27 | mis à jour le 19 mai 2022 à 00:27

Roland-Garros - Yannick Noah, la star du tennis français, se dévoile dans un entretien accordé à l’AFP. Le tennisman se dit chanceux d'avoir été l’unique athlète tricolore à accéder à la plus marche du tennis mondial en remportant Roland-Garros.

Yannick Noah, le "chef de tribu" revient sur son sacre à Roland-Garros

Champion de tennis, chanteur et désormais chef de tribu au Cameroun, Yannick Noah se confie sur sa vie. L’homme reste le dernier Français à avoir remporté Roland-Garros en 1983 revient sur les moments marquants de sa vie dans un documentaire, Yannick Noah, le sens de la gagne disponible à partir du 20 mai sur Prime Vidéo.

C'était il y a près de 40 ans et depuis aucun Français n'a inscrit son nom au palmarès de Roland-Garros. Yannick Noah se retourne sur son parcours, de sportif, d'entraîneur et de chanteur, avec une reconnaissance intacte pour son sort: "Pourquoi moi? Pourquoi cette chance?"

Et s'il n'a jamais plus gagné de tournoi du Grand Chelem, il en plaisante aujourd'hui, s'amusant de ses remerciements d'après-sacre sur le court central parisien en 1983: "Si j'avais oublié quelqu'un, j'aurais essayé de gagner une deuxième fois."

Le Français, qui fête ses 62 ans le 18 mai et vit désormais au Cameroun où il est chef d'un village, était de passage à Paris pour le lancement d'un documentaire sur sa vie qui sera disponible le 20 mai sur Amazon Prime.

QUESTION: Que vous reste-t-il de Roland-Garros 1983 ?

REPONSE: "C'est mon heure de gloire, je n'en ai gagné qu'un. Et c'est la première fois qu'on me donnait un micro. Donc tu es submergé par cette émotion, tu ne touches pas terre et tout d'un coup on te dit +Mets des mots sur cette émotion+... J'ai fait un discours simple mais j'ai remercié tout le monde et je n'ai oublié personne: la famille, mes fans, la fédé, tous mes supporters français, mes supporters camerounais qui devaient suivre ça à la radio. C'est con, parce que si j'avais oublié quelqu'un, j'aurais essayé de gagner une deuxième fois, ça m'aurait motivé !"

QUESTION: Depuis les balles jouées à 11 ans avec votre idole Arthur Ashe jusqu'au concert au Stade de France, en passant par Roland-Garros et la Coupe Davis, quel est votre meilleur souvenir ?

REPONSE: "Je pourrais dire +ce moment a été fort pour telle ou telle raison+. Mais en fait, c'est toute l'histoire... Ma première victoire personnelle, c'est Roland-Garros, j'ai 23 ans... Et quand je suis capitaine (en Coupe Davis), mon souhait, à l'intérieur de mes tripes, c'est que mes potes vivent cette émotion. Je veux qu'on gagne et voir leurs gueules. Je veux les voir pleurer, ça va être mon bonheur. La première fois que Joakim (son fils aîné) a gagné le championnat universitaire de basket aux Etats-Unis, j'étais avec sa maman et il a fait un truc incroyable. Il y avait 50.000 personnes, ils ont gagné, il a été joueur de la finale, MVP, et il est monté dans la tribune nous embrasser. Si papa n'était pas descendu (sur le court Central de Roland-Garros pour embrasser Yannick après la balle de match contre Mats Wilander, ndlr), Joakim ne nous aurait pas fait ce cadeau parce que c'est quelque chose qui l'a marqué dans son enfance."

Q: Qu'aviez-vous de plus pour gagner Roland-Garros ?

R: "L'image que tout le monde connaît, je pleure parce que je me dis +pourquoi moi ?+ J'ai toujours eu ce sentiment +pourquoi moi ?+ Avant chaque concert, je me dis +pourquoi moi? C'est quoi cette chance ?+ J'ai plutôt eu ce rapport à tout ce qui m'est arrivé. J'ai des copains autour de moi qui avaient plus de talent, des gens plus malins. Et du coup c'est moi, et c'est possible en fait."


Q: Des joueurs plus talentueux autour de vous ?

R: "Oui... le talent en France c'est quelque chose d'esthétique. On a beaucoup plus de difficultés à mettre en avant les qualités morales d'un enfant, l'envie, la ténacité, la résistance, qui font partie du talent. Et j'avais ça. J'étais athlétique pour un gamin de mon âge mais surtout je m'entraînais beaucoup et du coup j'ai développé ça, justement parce que j'avais envie, cette motivation intense d'aller le plus loin possible. Quand je me suis retrouvé entraîneur, c'est ce que j'ai mis en avant, c'est ce que j'ai regardé chez les joueurs et les joueuses que je coachais. Avec la volonté de les motiver à ce niveau là: leur dire qu'ils avaient ce potentiel mental pour aller plus loin. Le test ultime, c'est de le faire pour ton gamin."

Q: Votre père Zacharie a été joueur de foot professionnel, vous avez été champion de tennis et votre fils Joakim a été champion de basket NBA. L'ADN des Noah est-il spécial ?

R: "On aime le sport. On aime la compet'. Mais c'est surtout ma mère... C'était une bagarreuse, elle détestait perdre. Alors moi, j'étais bon élève, mais j'étais toujours premier en gym, en dessin et en musique. Toujours ! C'était coefficient zéro, mais mes parents m'encourageaient, me félicitaient: +c'est bien, t'es premier en gym ! t'es premier en musique !+ Et donc, il y avait de ça: j'ai été encouragé. Je ne pense pas qu'il y ait une question de génétique."


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