Présidence CEDEAO: La succession d'Akufo-Addo divise les chefs d'État

CEDEAO a contraint Nana Akufo-Addo à rétirer sa candidature au profit de Macky Sall
Par Eugène SAHI
Publié le 01 juillet 2022 à 14:59 | mis à jour le 21 octobre 2022 à 15:22

Reconduit à la tête de la Cedeao en juin 2021, le Ghanéen Nana Akufo-Addo, président en exercice de la l’organisation ouest-africaine, va céder le poste le 3 juillet prochain à un autre chef d’Etat. Mais à qui reviendra cette lourde tâche dans une région marquée par des coups d’Etat ?

Comment la CEDEAO a contraint Nana Akufo-Addo à rétirer sa candidature au profit de Macky Sall à l'UA

Dans un article publié par le média panafricain, africaintelligence.fr, l’on apprend que les chefs d'Etat se déchirent sur la succession d'Akufo-Addo et les postes de commissaires pour la présidence en exercice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO).

Après deux ans passés à la tête de l’organisation, le sommet d'Accra du 3 juillet doit officialiser la nomination d'un nouveau président de la Cedeao pour succéder au Ghanéen Nana Akufo-Addo, ainsi que celle des nouveaux commissaires de l'organisation régionale. Deux sujets électriques qui ont considérablement tendu les relations entre chefs d'Etat ouest-africains.

Elu pour la première fois en septembre 2020 pour un an en succession du Nigérien Mahamadou Issifou, Nana Akufo-Addo hérite d’un nouveau mandat en échange du retrait de sa candidature à la présidence de l’Union africaine au profit du Sénégalais Macky Sall – poste qui revient à un pays de la région ouest-africaine à partir de février 2022. La décision avait été prise début février lors d’une réunion extraordinaire de la conférence des chefs d’État de la Cedeao.

Mali, Guinée, Burkina Faso : lourd héritage pour le prochain président en exercice

Créée en 1975, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO),1 organisation régionale au départ essentiellement vouée à la promotion de l’intégration des économies des quinze Etats membres s’est progressivement transformée, sous la pression des

évènements politiques, en une organisation également chargée de trouver des solutions aux conflits armés et autres crises politiques qui mettaient en péril la paix et la sécurité dans l’espace communautaire. La décennie 1990 a vu la CEDEAO, sous l’impulsion de son pays membre de loin le plus puissant, le Nigeria, intervenir bien au-delà du terrain diplomatique traditionnel en envoyant des milliers de soldats tenter de restaurer la paix au Liberia puis en Sierra Leone et plus modestement en Guinée-Bissau. Le bilan de ces interventions militaires décidées par la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement, la plus haute instance de décision de la CEDEAO, et mises en œuvre par le Secrétariat exécutif2 et les Etats membres, a fait l’objet de nombreuses études et génère toujours de vifs débats vingt ans après la création du Groupe de contrôle de cessez-le-feu de la CEDEAO (ECOWAS Monitoring Group, ECOMOG), la force de maintien de la paix de l’organisation. Ce qui semble incontestable, c’est que la CEDEAO a certes connu d’énormes difficultés à atteindre ses objectifs de pacification là où elle est intervenue mais que son engagement militaire et diplomatique a joué un rôle prééminent dans l’effort international qui a finalement permis de sortir du cycle de conflits qui ont dévasté la région du bassin du fleuve Mano ces trois dernières décennies.

Ils se sont accentués depuis trois ans avec les crises au Mali, en Guinée et au Burkina Faso, trois pays qui ont vu leurs dirigeants renversés par des militaires.

Le Sommet extraordinaire de la Cedeao, qui s’est tenu dans la capitale ghanéenne Accra samedi dernier, a finalement été détourné de son ordre du jour. La réunion de la Conférence des chefs d’Etat de la Cedeao devait être consacrée à l’examen de la situation politique au Burkina Faso, en Guinée et au Mali. Finalement, les décisions de la Cedeao sur la modification, l’allègement ou l’imposition de nouvelles sanctions imposées aux trois pays attendra le prochain sommet, prévu pour le 3 juillet.

Néanmoins, la montagne n’a pas accouché d’une souris. D’un côté, le chef de la Commission de la Cedeao, Jean-Claude Kassi Brou, a été désigné comme prochain gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). L’Ivoirien prendra ses nouvelles fonctions « à compter du 4 juillet 2022, dès qu’il aura quitté la Cedeao », a annoncé le président ivoirien Alassane Ouattara.

D’un autre côté, pour sa première mission pour la Cedeao depuis qu’il a quitté la présidence du Niger en avril 2021, Mohammadou Issoufou a été nommé médiateur pour le Burkina Faso. Il devra « faciliter le dialogue entre les parties prenantes ». Issoufou se déplacera à Ouagadougou dans les prochains jours, donc, afin de rencontrer le chef de la junte burkinabé, Paul-Henri Sandaogo Damiba.

Malgré les deux nouvelles nominations de la Cedeao, ce nouveau sommet à Accra reste une déception. C’est la première réunion de l’instance ouest-africaine depuis l’annonce, par les autorités militaires du Burkina Faso, de la Guinée et du Mali de la durée de transition prévue dans leurs pays. Le Mali a revu sa première annonce d’une transition de « moins que cinq ans », disant être prêt à accepter une transition de 24 mois. Tandis que la Guinée et le Burkina Faso ont tous les deux décidé que 36 mois seront nécessaires pour préparer les élections.

Malgré cela, le Mali est le seul des trois pays subissant encore un embargo qui a mis l’économie du pays à genoux. Un rapport récent de l’ONU indique que les sanctions de la Cedeao ont « sévèrement affecté » l’économie malienne et « empiré les conditions de vie, surtout celles des pauvres ». Pourtant, du côté de la Cedeao, les chefs d’Etat continuent à négocier avec Bamako. Le président sénégalais Macky Sall a déclaré en mai : « Nous pouvons nous mettre d’accord sur une échéance comprise entre 16 et 24 mois ». Si le Mali veut donc revenir dans le giron de la communauté ouest-africaine, Assimi Goïta devra faire de nouvelles concessions.

Pour ce qui est du Burkina Faso, la Cedeao a « pris en compte les efforts déployés par les autorités de transition, malgré les défis ». Un clin d’œil à la sécurisation, par l’armée du Burkina Faso, de plusieurs localités du nord du pays, où des milliers de déplacés ont regagné leurs villes. Une opération de l’armée, le 26 mai, a eu raison de la cellule de Tidiane Djbrilou Dicko, l’un des chefs terroristes les plus dangereux de la région.

Muhammadu Buhari, l’invité surprise au secours du Mali

La présence du président du Nigéria, Muhammadu Buhari, a été la grande surprise du Sommet d’Accra samedi. Le chef d’Etat nigérian, pourtant très influent au sein de l’instance en raison de la grande participation de son pays aux troupes de l’ECOMOG, a souvent boycotté les réunions de la Cedeao. Selon une source proche du sujet, Buhari s’entendrait peu avec les chefs d’Etat des pays de l’Uemoa, à l’exception du Sénégalais Macky Sall.

La présence de Buhari est lourde de sens, même si le président nigérian est en fin de mandat. Lors de son intervention samedi, il a demandé que « des mesures supplémentaires » soient prises pour « assurer la sécurité et la pleine liberté » de l’ancien président du Burkina Faso Roch Kaboré.

Pour ce qui est du Mali, Buhari déclare : « Nous devons veiller à ce que, quelles que soient les décisions que nous prenons, nous nous souvenions des populations victimes des conséquences néfastes de l’isolement provoqué ». Muhammadu Buhari a rappelé une proposition, par son compatriote, chargé de la transition malienne pour la Cedeao, Goodluck Jonathan, d’étendre la durée de la transition à 18 mois. Le président nigérian a proposé que Macky Sall et son homologue ghanéen Nana Akufo-Addo se déplacent personnellement à Bamako pour présenter cette proposition aux autorités maliennes.

Ce qui explique, donc, l’absence d’accord qui a fait repousser les décisions sur le Mali pour le 3 juillet prochain. Le soutien du Nigéria sera un facteur important dans les rapports entre Bamako et la Cedeao. Et avec les sanctions contre le Mali qui commencent à peser sur les économies des pays du bloc, notamment la Côte d’Ivoire et le Sénégal, il est plus que probable qu’elles soient levées prochainement.

Quel pays s'est retiré de la CEDEAO ?

La Mauritanie s'est retirée de l'organisation en 2002.

Quels sont les 16 pays membres de l’Afrique de l'ouest ?

Les quinze pays membres de la CEDEAO sont le Bénin, le Burkina Faso, le Cap-Vert, la Côte d'Ivoire, la Gambie, le Ghana, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Liberia, le Mali, le Niger, le Nigeria, le Sénégal, la Sierra Leone et le Togo. La Mauritanie s'est retirée de l'organisation en 2002.

Qui est le président de la CEDEAO en 2022 ?

Le président bissau-guinéen Umaro Sissoco Embaló, désigné président de la Communauté économique des États de l’Afrique de l'Ouest (CEDEAO) le 03 juillet 2022.

Quand l'organisation a été créé ?

La Communauté économique des états de l'Afrique de l'ouest a été crée le 28 mai 1975 à Lagos au Nigeria.

Siège et Objectifs de la Communauté économique des états de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO)

L'objectifprincipal est de promouvoir la coopération et l'intégration dans la perspective d'une Union économique de l'Afrique de l'Ouest en vue d'élever le niveau de vie de ses peuples, de maintenir et d'accroître la stabilité économique, de renforcer les relations entre les États Membres.

Le Siège de la CEDEAO est à Abuja, au Nigeria.

Site officiel - recrutement

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