CEDEAO-Mali : Ce risque d'implosion pris par les chefs d’États

CEDEAO-Mali : le calumet de la paix !
Par Nazaire Kadia
Publié le 07 juillet 2022 à 00:32 | mis à jour le 07 juillet 2022 à 00:32

Le couple CEDEAO-Mali se donne une nouvelle chance. La Communauté régionale avait pris un énorme risque de son implosion après les sanctions prises par les chefs d’États contre le pays d'Assimi Goïta arrivé au pouvoir par un coup d'État.

CEDEAO-Mali : le calumet de la paix !

Réunis en session ordinaire à Accra le 3 juillet dernier, les Chefs d’État et de gouvernement de la Communauté Economique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), ont pris la décision de lever les sanctions économiques et financières imposées au Mali. Toutefois, les sanctions individuelles prises à l’encontre de certains dirigeants du pouvoir malien, et la suspension du Mali des instances de la Cedeao demeurent.

Si on peut se réjouir de cette décision qui permettra au peuple malien qui a fait preuve de résilience de respirer, on ne peut s’empêcher d’avoir des regrets que de telles mesures qui ne se justifiaient nullement, aient pu mettre à mal tout un peuple pour satisfaire des objectifs cachés.

L’objectif des sanctions de la BECEAO contre le Mali a-t-il été atteint ?

Rien n’est moins sûr.

En s’en tenant à ce qu’il est donné de voir, et en visitant les déclarations passées de certains Chefs d’État de la Cedeao, on peut sans risque de se tromper affirmer que l’organisation sous régionale est passée à côté de ce qu’elle visait et à côté de ses attentes.

Ces sanctions prises tambour battant ne l’ont pas été pour punir les dirigeants maliens pour le coup d’État perpétré, mais mettre le peuple malien à mal au plan économique et social, à l’effet d’arriver à une révolte et à des manifestations violentes qui emporteraient le gouvernement de transition.

Mais ces sanctions jugées illégales par le Tribunal de l’Uemoa ont eu l’effet contraire escompté. Elles ont plutôt raffermi le soutien du peuple malien à son gouvernement, au point de créer une congruence entre ces deux entités, que plus rien ne pouvait séparer.

On se souvient également que des dirigeants de la Cedeao avaient affirmé que le gouvernement malien ne tiendrait pas plus de deux mois, eu égard à la grande dépendance du pays au financement extérieur.

Frémissement de mauvaises langues contre Bamako

Certains s’étaient même posé la question de savoir s’il y avait des économistes au Mali!

Mais à l’épreuve du terrain, on pourrait croire que ce sont ces chefs d’État qui auraient besoin d’un renforcement de capacités en économie.

Une fois de plus, il vient d’être démontré qu’aucune sanction ne peut venir à bout d’un peuple, qui est en parfaite communion avec ses dirigeants.

Les exemples sont légion. Cuba, l’Iran, la Corée du Nord, le Venezuela et bien d’autres pays, croulent sous le poids des sanctions depuis plusieurs années, sans être rayés de la carte du monde. Ils ne deviennent pas plus misérables que d’autres pays du monde.

C’est un truisme de le dire, le Mali a souffert de ces sanctions, mais ses voisins que sont la Côte d’Ivoire et le Sénégal n’ont pas été épargnés. Ils ont eux aussi été durement éprouvés, perdant des milliers de milliards de FCFA au cours de la période de ces sanctions.

Pour ces deux pays également, c’est un ouf de soulagement qui peut être poussé, étant entendu que désormais, leurs marchés pourront être approvisionnés en moutons à la veille de la fête de l’Aïd-el-kébir ou Tabaski. Cela ne pouvait pas bien tomber !

Si aujourd’hui le couple Cedeao-Mali a décidé de fumer le calumet de la paix, on ne peut que se réjouir, sans pour autant s’empêcher d’avoir un pincement au cœur, pour une situation qu’on aurait pu éviter.

Des femmes, des enfants et des vieillards ont payé le prix fort pour une situation qui, objectivement, n’avait pas sa raison d’être, si on avait pris le temps de s’écouter et de se comprendre.

Mais on n’en était pas à une incongruité près. Dans leur désir d’en découdre avec le Mali et mettre à terre son économie, les états de la Cedeao ont pris la décision d’interdire à leurs compagnies aériennes nationales, la desserte de Bamako. Pendant ce temps, Air France, compagnie du pays qui les poussait dans le dos, à l’effet de durcir les sanctions, négociait avec les autorités maliennes pour reprendre le trafic en direction du Mali, et engranger ainsi beaucoup d’argent.

Mais peut-on s’étonner de cet état de fait ? Assurément non.

Air France est une entreprise qui a des objectifs de résultats et dont les actionnaires attendent des dividendes en fin d’exercice. Elle ne peut donc se permettre un déficit que manifestement rien ne justifiait.

Les compagnies aériennes africaines n’ont pas ces objectifs et ces obligations. Elles peuvent se permettre des déficits, que l’argent du contribuable comblera, sans que ce dernier ne reçoive d’explications !

Tout est bien qui finit bien. Cependant, le peuple et le gouvernement malien ne doivent pas baisser la garde. Le serpent n’est pas encore mort. Donc vigilance !

Ainsi va l’Afrique.

Mais s’il y a eu un soir au Mali, il y aura assurément un matin, et l’ivraie sera séparée du vrai.


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