Burkina Faso: Blaise Compaoré à Ouagadougou, un retour controversé

Blaise Compaoré est venu, M. Blaise Compaoré est reparti, et la vie suit son cours au Burkina Faso
Par Nazaire Kadia
Publié le 12 juillet 2022 à 16:15 | mis à jour le 12 juillet 2022 à 16:16

Le voyage aller-retour de M. Blaise Compaoré, l’ancien président burkinabé dans son pays d’origine, continue de faire des vagues et est diversement apprécié.

M. Blaise Compaoré est venu, M. Blaise Compaoré est reparti, et la vie suit son cours au Burkina Faso

De ce voyage après plusieurs années d’exil, des constats sont faits par de nombreux observateurs : - L’ancien président a reçu un accueil chaleureux à Ouagadougou. Ce qui montre que, nonobstant le nombre d’années passées dans son pays d’adoption, il bénéficie encore d’un capital sympathie certain de la part d’une frange de la population burkinabé.

- On notera également que des manifestations de protestation à sa présence au Burkina ont eu lieu. Cela dénote du sentiment d’hostilité à son endroit d’une autre frange de la population burkinabé.

La société civile burkinabé, notamment « Balaie citoyen » n’était pas en reste. On n’oublie pas non plus les manifestations devant la résidence de M. Marc Christian Roch Kaboré, empêchant celui-ci de se rendre au palais présidentiel pour la rencontre au sommet des anciens présidents et du nouveau maître des lieux.

Mais que ne ferait-on pas au nom de la réconciliation ?

- On ne peut non plus passer sous silence, la montée au créneau de l’avocat de la famille Sankara, Me Bénéwendé, qui s’est rappelé aux bons souvenir de tous et surtout rappeler que M. Blaise Compaoré est sous le coup d’une condamnation à perpétuité avec à la clé un mandat d’arrêt à son encontre, suite au procès relatif à l’assassinat de Thomas Sankara.

En faisant rentrer M. Blaise Compaoré au pays, le Lieutenant-Colonel Damiba, qui n’a pas eu la délicatesse d’associer l’Assemblée nationale, ni les magistrats, encore moins d’entourer ce retour d’un vernis juridique ou administratif, désavoue la justice de son pays. On imagine dans quel état-d’ âme étaient les juges de l’affaire Sankara. Mais que ne ferait-on pas au nom de la réconciliation ?

A l’annonce de la rencontre au sommet des anciens présidents burkinabé et du nouvel homme fort du pays, nombreux étaient ceux qui pensaient que la société burkinabé était traversée de clivages tels, que tout le monde se regardait en chiens de faïence, et qu’il urgeait de réunir tout ce beau monde pour parler de réconciliation.

Ceci devant aboutir à une situation apaisée, puis à un nouveau départ. Mais la déclaration du chef de l’Etat au sortir de sa rencontre avec les anciens présidents , M. Blaise Compaoré et Jean-Baptiste Ouédraogo, les seuls à avoir répondu à l’invitation, a situé tout le monde sur les vrais motifs qui ont présidé à l’organisation de la rencontre.

La prise du pouvoir par les militaires n’a nullement pas fait reculer les attaques

Pour le Lieutenant-Colonel Damiba «...Cette rencontre a porté principalement sur la recherche d’une paix durable dans notre pays...Nous sommes convaincus que c’est seulement dans la cohésion sociale et dans l’unité, que les forces qui combattent en ce moment même le terrorisme, seront davantage déterminées et auront plus de succès... ».

Cette déclaration sonne comme un aveu d’échec. Après avoir pris le pouvoir, les colonels de Ouagadougou, sont dans l’incapacité de donner une réponse appropriée aux groupes djihadistes qui attaquent régulièrement le pays. C’est ce qu’ils ont reproché au président Marc Christian Roch Kaboré, au point de lui faire un coup d’état. Leur prise du pouvoir n’a nullement pas fait reculer les attaques, bien au contraire, 40% du territoire burkinabé échappe au contrôle du pouvoir central.

C’est à l’aune de cette réalité qu’il faut lire la présence de Blaise Compaoré à la rencontre initié par le pouvoir de Ouagadougou. Il est de notoriété publique que, sous la gouvernance de Blaise Compaoré, le Burkina Faso était épargné des attaques des djihadistes, à l’inverse du Mali. Cela est dû au fait que M. Compaoré avait des connexions et des attaches au sein des groupes armés, qui s’adonnaient aux rodéos meurtriers dans la bande sahélo-saharienne, grâce à son conseiller de l’ombre, le mauritanien, Mustapha Chafi.

La rencontre initiée par le chef de l’Etat burkinabé semble avoir accouché d’une souris

C’est ce qui explique le rôle d’intermédiaire et de négociateur souvent joué par M. Blaise Compaoré auprès des groupes armés, pour la libération des otages occidentaux. C’est certainement ce pouvoir que possède M. Compaoré qui intéresse le chef de l’Etat burkinabé, et qu’il voudrait bien en user pour prendre langue avec ceux qui endeuillent le pays à l’effet et donner un nouvel avenir au Burkina Faso. Réussira-t-il ? Mais il faut se le dire, le temps ne s’est pas figé, depuis que M. Compaoré a perdu le pouvoir.

Ses connexions au sein des groupes armés existent-elles encore ? Les interlocuteurs seront-ils les mêmes ? Toutefois, il faut également noter que si auparavant, ceux qui attaquaient le pays étaient des étrangers, force est de constater aujourd’hui, que de nombreux jeunes burkinabé ont été recrutés et prennent part à ces attaques. Cela est une nouvelle donne dont il faut tenir compte.

En tout état de cause, la rencontre initiée par le chef de l’Etat burkinabé semble avoir accouché d’une souris, au regard des nombreuses absences constatées. MM. Marc Christian Roch Kaboré, Michel Kafando et Isaac Zida n’y étaient pas. M. Blaise Compaoré est venu, M. Blaise Compaoré est reparti, et la vie suit son cours. Ainsi va le Burkina Faso. Mais s’il y a eu un matin au Burkina Faso, il y aura assurément un soir et l’ivraie sera séparée du vrai.


+ Afficher les commentaires
Articles les plus lus