Ouattara, Gbagbo, Bédié: Les leçons d'une rencontre historique

Rencontre Bédié-Ouattara-Gbagbo: Pourquoi la réconciliation doit pouvoir se décliner et s’articuler autour des problèmes qui fâchent
Par Nazaire Kadia
Publié le 16 juillet 2022 à 11:18 | mis à jour le 16 juillet 2022 à 11:18

Le jeudi 14 juillet 2022, le Chef de l’Etat ivoirien, M. Alassane Ouattara a reçu ses prédécesseurs, les anciens présidents Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo. Cette rencontre, la première depuis 2010, était attendue par de nombreux ivoiriens comme pouvant donner un coup d’accélérateur au processus de la réconciliation, à l’arrêt depuis un certain temps.

Rencontre Bédié-Ouattara-Gbagbo: Pourquoi la réconciliation doit pouvoir se décliner et s’articuler autour des problèmes qui fâchent

Des ivoiriens, une fois de plus se sont mis à rêver de décrispation et de réconciliation. Mais que peut-il sortir de cette rencontre ? Que faut-il en attendre ? Bienheureux celui qui pourra répondre à ces questions ! Des discussions qui ont meublé la rencontre, rien n’a filtré. On est familiers de ces rencontres entre leaders, avec des sourires et des échanges d’amabilités, des mots gentils les uns envers les autres, devant les caméras et après, c’est le silence radio.

Toutefois, si ces sourires affichés devant les caméras, peuvent déteindre sur les partisans de ces leaders, et qu’ils se mettent eux aussi à se sourire, ce serait déjà quelque chose de gagné. Ils éviteraient alors de se regarder en chiens de faïence. La quête de la réconciliation n’est pas nouvelle et doit pouvoir aller au-delà des sourires affichés par les leaders devant les caméras.

Des pistes ont été usitées, des résolutions prises et des recommandations ont été faites à l’effet d’emprunter la piste tortueuse et rocailleuse de cette réconciliation. Pour de nombreuses personnes, la réconciliation doit pouvoir se décliner et s’articuler autour des problèmes qui fâchent, et pour lesquels un minimum de consensus est requis. Ces problèmes ont été répertoriés et discutés au cours des différentes sessions du dialogue politique sous la présidence des trois derniers premiers ministres.

Pour rappel, les problèmes abordés, qui comme la pierre de Sisyphe, sont maintes fois revenus sur la table de discussion sont entre autres :

- La recomposition de la Commission Electorale Indépendante (CEI) conformément aux recommandations la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples

- Le découpage électoral et la révision de la liste électorale - La libération des prisonniers politiques et militaires

- Le retour des exilés dont Blé Goudé et Soro Guillaume.

- Etc. Mais si ces problèmes sont connus et ont été débattus, ce qui a manifestement manqué, c’est la volonté d’appliquer les quelques avancées obtenues sous Amadou Gon Coulibaly et Hamed Bakayoko. Des arrière-pensées et des calculs politiciens n’ont pas permis d’avoir des résultats tangibles. Deux exemples illustrent parfaitement cette situation.

La clé de la réconciliation, se trouve entre les mains du pouvoir

Ainsi, lorsque l’opposition a obtenu que soit nommé un des siens en qualité de représentant à la Cei, le pouvoir a trouvé judicieux de nommer Mme Lagou Henriette, alors que quelques jours plus tôt, celle-ci venait de déposer ses bagages au Rhdp ! Dans la deuxième session du dialogue politique, sous la présidence de feu Hamed Bakayoko, les discussions entamées sur les mêmes problèmes, n’étaient pas encore arrivées à terme, que la Cei, dont on devait une fois encore, discuter de la recomposition, pour arriver à un équilibre entre le pouvoir et l’opposition, ouvrait déjà la période de dépôt de candidatures pour les élections législatives dernières.

Cette décision sonna le glas des discussions. La Cei ne fut donc pas recomposée, la liste électorale nullement revue, encore moins le découpage électoral. Une fois encore, l’opposition, prise de vitesse, fut contrainte, à son corps défendant d’aller aux élections. Les problèmes qui fâchent demeurèrent, et furent encore l’objet du dernier dialogue politique sous la conduite du premier ministre Patrick Achy, dont les résultats et la mise en œuvre se font toujours attendre.

Comme on le voit, la clé de la réconciliation, se trouve entre les mains du pouvoir. Il lui revient de donner le tempo avec bonne foi, débarrassé de tout calcul politicien, et de recherche de position dominante, et les autres suivront. De ce fait, les sourires, les mots aimables et les rencontres des anciens présidents qu’il nous a été maintes fois donné de voir, sont pour les caméras et la «communauté internationale ». Ainsi va le pays. Arrive le jour où l’ivraie sera séparée du vrai.


+ Afficher les commentaires
Articles les plus lus