Emmanuel Macron en Afrique ou l'étranger qui pleure plus fort que la famille du défunt

Le plaidoyer d' Emmanuel Macron en Afrique ressemble fort bien à celui d’un amant enclin à un chagrin
Par Nazaire Kadia
Publié le 29 juillet 2022 à 19:23 | mis à jour le 29 juillet 2022 à 19:23

La visite effectuée par le président français Emmanuel Macron, au Cameroun, au Bénin et en Guinée Bissau, continue de faire des vagues et les commentaires vont tout aussi bon train. Partout où il est passé, M. Emmanuel Macron, dans une posture de professeur dans un amphithéâtre, s’est évertué à dispenser une leçon de géopolitique, de géostratégie ou de relations internationales à « des étudiants » africains, en mettant en exergue le danger que constituent les relations que les pays africains ont ou veulent avoir avec la Russie.

Le plaidoyer d' Emmanuel Macron en Afrique ressemble fort bien à celui d’un amant enclin à un chagrin

Après avoir dépeint celle-ci sous toutes les mauvaises coutures, il dénonce l’hypocrisie dont font preuve les Etats africains qui ne condamnent pas avec la dernière énergie, l’opération militaire de la Russie en Ukraine. Il n’apprécie guère, et c’est le cas de le dire, la posture de « ni neutre », « ni indifférent » qu’affichent les Etats africains. Il aurait certainement voulu voir les pays africains emboucher sans réfléchir, la même trompette que les occidentaux.

Tout ceci a été déclamé dans un ton et une posture paternalistes, condescendants et à la limite infantilisants. Mais à y regarder de près, le plaidoyer de M. Macron ressemble fort bien, à celui d’un amant enclin à un chagrin (les ivoiriens diraient « goumin »), qui se rend compte que sa dulcinée a les yeux sur son concurrent (nouveau pointeur), et surtout prête une oreille attentive et une attention particulière aux « techniques d’approche (TAP) » de ce « pointeur » gênant.

Plutôt que de s’évertuer à mettre en évidence ses propres qualités, à l’effet de convaincre la dulcinée qu’il est le meilleur choix pour celle-ci, il s’adonne à une tentative désespérée de déconstruction de l’image du concurrent, en le dévalorisant le plus possible. En procédant ainsi, il ne s’aperçoit pas qu’il met la dulcinée dans une position d’observation attentive, qui pourrait lui permettre de déceler des qualités au « pointeur », que lui l’amant ne possède pas, et qui pourraient jouer sur la balance de choix.

On a vu M. Macron se comporter comme un gouverneur en visite dans son territoire colonial

Objectivement, avec cette visite en Afrique, de nombreuses personnes s’attendaient à voir M. Macron décliner la nouvelle politique et la nouvelle coopération qu’il entend mener à l’endroit des Africains. D’autant plus que M. Macron s’est aperçu que la coopération et la politique telles que menées jusqu’à présent par la France à l’égard de l’Afrique, ne passent plus. Et l’image de la France devient de plus en plus écornée.

Pour les Africains, la coopération doit s’appréhender dans une perspective de rapport gagnant-gagnant, et non celui du cheval et du cavalier, encore moins des leçons à recevoir. M. Macron le sait si bien qu’au début de son premier mandat, il avait promis en finir avec la « Franceafrique ». Les journalistes et analystes français avaient alors affirmé qu’il s’agit désormais de « relations décomplexées » avec l’Afrique. Mais très vite ces déclarations de bonnes intentions furent rangées au placard et la nature a repris ses droits.

En visite au Burkina Faso en 2017, on a vu M. Macron se comporter comme un gouverneur en visite dans son territoire colonial, goguenard, tournant en dérision le président du Burkina Faso, Marc Christian Roch Kaboré, devant des étudiants qui, naïvement applaudissaient à tout rompre. On aura compris que pour la fin de la « Franceafrique », demain n’est pas la veille. La nature ayant repris le dessus, le président français, à l’instar de ses prédécesseurs, n’a pas rompu avec le double langage, et surtout avec ce qu’ils affectionnent beaucoup : la politique du deux poids, deux mesures, en fonction des intérêts de la France.

Que M. Macron cesse d’être « l’étranger qui pleure plus fort que la famille du défunt »

Ainsi, M. Macron peut fustiger le gouvernement de transition malien, l’accuser de tous les péchés d’Israël, et surtout décréter qu’il est illégitime parce qu’issu de deux coups d’État. Dans le même temps, il peut allègrement adouber celui du Tchad, tout aussi issu d’un coup d’État ! Tout comme, M. Macron peut également condamner avec la dernière énergie, le troisième mandat que s’est octroyé le président Alpha Condé en Guinée, tout en trouvant des circonstances atténuantes au troisième mandat du président ivoirien.

On peut faire ça ? De qui se moque-t-on ? La soudaine préoccupation qui est celle de M. Macron, quant au danger qu’encourent les États africains dans leurs relations avec la Russie, n’émeut personne et ne trompe personne. On retient seulement que la présence française dans les pays africains, n’a pas été un choix délibéré. Elle s’est imposée aux Africains.

En revanche la coopération avec la Russie qu’entament certains états africains, relève d’un choix responsable opéré. Si cela s’avère être une erreur, ces États auront eu le mérite de s’être trompés seuls ! Alors que M. Macron cesse d’être « l’étranger qui pleure plus fort que la famille du défunt », car « depuis quand a-t-on vu le molosse se départir de sa déhontée façon de s’asseoir ? » Ainsi va l’Afrique. Arrive le jour où l’ivraie sera séparée du vrai.


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