Côte d'Ivoire- Couverture maladie universelle (CMU): L'enrôlement aux forceps ! (Opinion)

L'enrôlement aux forceps à la Couverture Maladie Universelle (CMU), n’a d’autre but que de chercher l’argent dans les poches des ivoiriens
Par Nazaire Kadia
Publié le 30 septembre 2022 à 12:56 | mis à jour le 30 septembre 2022 à 12:56

La Couverture Maladie Universelle (CMU), dérivée du projet initial de l’Assurance Maladie Universelle (AMU), connaît une exécution et une évolution chaotiques, à tel point que de nombreuses personnes s’interrogent aujourd’hui sur son utilité et son efficacité, quant à mettre les ivoiriens à l’abri de la maladie.

L'enrôlement aux forceps à la Couverture Maladie Universelle (CMU), n’a d’autre but que de chercher l’argent dans les poches des ivoiriens

L’objectif du projet originel, était de permettre aux ivoiriens dans leur entièreté et dans leur diversité, d’être couverts par une assurance, à l’effet de se soigner à moindre coût. Le financement de cette assurance devait se faire sur le prélèvement qui devait être opéré sur les ventes des matières premières, les cotisations des fonctionnaires et agents de l’Etat, ainsi que les agents des entreprises privées.

Une fois les rênes du pays entre les mains, le pouvoir Rdr, aujourd’hui Rhdp a pris à son compte le projet, en opérant un changement de dénomination. D’Assurance Maladie Universelle (AMU), on est passé à Couverture Maladie Universelle (CMU). Cela est une bonne décision à applaudir, d’autant plus qu’elle se trouve en droite ligne de la continuité de l’Etat.

Cependant dans la mise en œuvre, les choses semblent ne pas aller comme on l’aurait souhaité. Faute d’une large sensibilisation et d'une explication cohérente, les populations n’y comprennent pas grand-chose et trainent les pieds pour y adhérer. Pour booster la mise en œuvre de ce projet, la Couverture Maladie Universelle fut arrimée de force à la Mutuelle Générale des Fonctionnaires de Côte d’Ivoire (MUGEFCI), sans demander l’avis des mutualistes.

Symbole achevé d’une politique d’improvisation

Ce passage en force opéré, est le symbole achevé d’une politique d’improvisation à l’effet de colmater des brèches à l’image d’un plombier voulant éviter une fuite d’eau. L’opérationnalité de cette assurance est donc sujette à discussion et son efficacité, tout aussi discutable. Nombreux sont les ivoiriens détenteurs de la carte d’assuré, qui se demandent bien à quoi elle sert.

Continuant sur sa lancée de contraindre plutôt que de convaincre le peuple, le gouvernement vient d’adopter un décret assujettissant « l’accès à certains services de l’Etat aux emplois publics, aux emplois du secteur privé, à la preuve de l’enrôlement à la CMU ». Les opérations concernées sont :

- Le retrait du passeport

- Le retrait du permis de conduire

- L’inscription aux examens et concours de la Fonction Publique

- L’inscription des élèves de plus de 16 ans dans les établissements scolaires

- L’inscription dans les établissements d’enseignement supérieur, technique, parapublic et privé

- L’accès aux programmes sociaux de soutien à l’emploi et aux activités génératrices de revenus financés par l’Etat.


Il est évident qu’on ne peut pas en vouloir à l’Etat pour son souci de voir sa population assurée, à l’effet de pouvoir se soigner à moindre coût. Cela va de soi. Mais il est tout de même étonnant de voir que la carte ou la preuve de l’enrôlement à la Cmu soit exigée pour les opérations susmentionnées, sans l’être pour l’accès dans les hôpitaux, les centres de santé ou les cliniques, pour lesquels, le projet a été conçu. Cela dépasse tout entendement.

Avoir l'humilité d’associer les techniciens et tous ceux qui avaient travaillé sur ce dossier sous le gouvernement du président Gbagbo

Mais à la réflexion, les motivations réelles de cette décision sont certainement ailleurs. Tout comme les nombreuses taxes sur les produits de grande consommation courante permettent à l’Etat de renflouer ses caisses, on pourrait également penser que l’enrôlement aux forceps à la Couverture Maladie Universelle (CMU), n’a d’autre but que de chercher l’argent dans les poches des ivoiriens, pour le reverser dans les caisses de l’Etat.

Ce tâtonnement dans la mise en œuvre de cet important projet à haute portée sociale, est le signe manifeste que les tenants du pouvoir s’en sont emparés sans en saisir la substance, sans se l’approprier avant sa mise en œuvre.

Qui plus est, ils n’ont pas eu l’humilité et la grandeur d’esprit d’associer les concepteurs, les techniciens et tous ceux qui avaient travaillé sur ce dossier sous le gouvernement du président Gbagbo, à l’effet de bénéficier de leur expérience et de leur expertise, au nom de la continuité de l’Etat. Et c’est dommage ! Ainsi va le pays. Mais arrive le jour où l’ivraie sera séparée du vrai.


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