Bombardement de Bouaké: Qui a donné l’ordre de frapper les Français?

Le procès du bombardement de Bouaké s'ouvre avec un box des accusés vide
Par Eugène SAHI
Publié le 29 mars 2021 à 14:56 | mis à jour le 29 mars 2021 à 14:56

Après 16 ans, le procès du bombardement de Bouaké, en Côte d’Ivoire, s'est ouvert, lundi 29 mars, à Paris. En novembre 2004, neuf soldats français avaient péri dans l’attaque d’un camp militaire par deux Soukhoï Su-25 de l’armée ivoirienne.

Le procès du bombardement de Bouaké s'ouvre avec un box des accusés vide

Poursuivis pour assassinats, tentatives d'assassinat et destruction de biens, les pilotes biélorusses et deux copilotes ivoiriens sont absents du box des accusés. Des individus brièvement interpellés, mais sans jamais avoir été interrogés par la justice.

L’ex-mercenaire biélorusse Yury Sushkin soupçonné d'avoir piloté l’un des Sukhois a disparu. Les deux co-pilotes présumés ivoiriens, Ange Magloire Gnanduillet Attualy et Patrice Ouei ont bénéficié dans leur pays d'une loi d'amnistie en 2007.

Bombardement de Bouaké: Bavure ou complot ?

Pour lever les nombreuses zones d'ombres qui perdurent dans ce dossier, les juges de la cour d'assises de Paris pourraient poser la question à quatre témoins cités par les avocats des victimes et de leurs familles: Dominique de Villepin, Michel Barnier, Michèle Alliot-Marie et Jean-Pierre Raffarin, quatre serviteurs de l’État en poste au moment des faits. Selon les parties civiles, la France aurait laissé s’échapper les pilotes des avions de chasse responsables de l’attaque.

Le 6 novembre 2004, deux avions ivoiriens bombardent un camp français de la force Licorne à Bouaké: Bilan : 9 militaires français et un civil américain tués et 38 soldats français blessés. Qui a donné l’ordre de frapper les militaires français à coup de roquettes?

Les appareils étaient pilotés par des mercenaires biélorusses et assistés de copilotes ivoiriens.

« Nous, on a une lecture simple », explique Maître Lionel Béthune de Moro, avocat de plusieurs victimes. « Que celui qui paie les avions, les pilotes, les mécaniciens puisse, être le donneur d’ordre. Et nous avons les flux financiers entre la Côte d'Ivoire et la Biélorussie. » En revanche, précise-t-il, « il n’y a pas de certitude sur le donneur d’ordre ivoirien : est-ce le chef de l’État, chef des armées – ce qui ne paraît pas aussi simple, dans un pays qui traversait une crise et une partition ? Est-ce le chef d’état-major des armées ? On a aussi parlé de certains faucons qui tournaient autour des autorités ivoiriennes… » pointe-t-il, avant d’ajouter : « Mais bien évidemment, mes clients, ce qu’ils attendent avant tout, c’est la vérité. Quel que soit le commanditaire du bombardement».

Un militaire présent à Bouaké ce jour-là, se demande également pourquoi la France a-t-elle laissé fuir les pilotes suspectés d’avoir mené ce raid meurtrier alors qu’elle pouvait les arrêter. « On attend de ce procès, la vérité. Il ne faut pas que l’ancien ministre de la Défense, Alliot-Marie, Barnier ou Villepin, se défaussent. On veut des réponses. Voilà. »


Censés être entendus lors de ce procès, les trois anciens ministres ne seront toutefois pas jugés par la cour de justice de la République, comme l’espéraient certaines victimes.

Dominique de Villepin a fait savoir qu’il ne viendrait pas au procès. Michel Barnier, ex-ministre des Affaires étrangères, et Michèle Alliot-Marie, ex-ministre de la Défense, se tiennent à la disposition de la justice, tout comme Jean-Pierre Raffarin, alors Premier ministre en place.

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