République de Guinée : Moins belle - et si chère - la vie !

République de Guinée, le Colonel Mamady Doumbouya
Par Patrice Dama
Publié le 07 octobre 2022 à 16:00 | mis à jour le 28 octobre 2022 à 13:34

Les effets négatifs du coup d'État du Colonel Mamady Doumbouya commencent à se sentir en République de Guinée. La situation économique des Guinéens se dégrade jour après jour dans un silence imposé à la société civile.

Depuis plusieurs mois, les Guinéens ont du mal à joindre les deux bouts.

Les instruments de lutte contre la pauvreté ont tous été mis en sommeil, comme l’Agence nationale d’inclusion économique et sociale (Anies). Cette structure proche de la population aidait chacun à tenir face aux difficultés économiques communes aux pays africains. Les personnes les plus vulnérables recevaient des denrées alimentaires et de l’argent sur des comptes ouverts dans les agences d’Ecobank.

En plus de ce soutien, des magasins témoins, créés par le président Alpha Condé, étaient installés dans les quartiers pour vendre des sacs de riz de 50 kilos, subventionnés à 180 000 GNF, l’équivalent de 20 euros, avant la prise de pouvoir par le Comité National du Rassemblement pour le Développement (CNRD).

Aujourd’hui, ces magasins témoins ont disparu, exposant ainsi les populations aux spéculations sur les prix de sacs de riz, désormais vendus sur le marché 300 000 GNF (34 euros), en fonction de la qualité.

Le prix du sac de sucre, qui affichait un prix 250 000 GNF (28 euros), oscille désormais entre 400 000 (45 euros) et 420 000 GNF (48 euros), quant au bidon d’huile de 20 litres, il est passé de 270 000 (31 euros) à 310 000 GNF (35 euros) et le pain de 4 000 (0,45 euros) à 5 000 GNF (0,60 euros).

Tous les prix flambent en République de Guinée

Le 28 septembre 2021, le CNRD a procédé à la baisse de 10 % du prix du carburant à la pompe, soit 10 000 GNL le litre (1,15 euros). Mais huit mois plus tard, le prix de l'essence a augmenté de 20 % pour se fixer à 11 707 355,75 Franc Guinéen, soit 907.325 FCFA.

Difficile à comprendre quand le prix est moindre dans l'ensemble des pays d'Afrique de l'Ouest : Côte d'Ivoire (735.039 FCFA), Burkina Faso (750.040 FCFA), Sierra Leone (756.106 FCFA), Libéria (849.291 FCFA) ou au Sénégal (890.047 FCFA).

Une hausse qui a une forte incidence sur le panier de la ménagère. Ainsi, on peut voir sur les marchés de Madina ou Gnèguèma, trois oranges partir à 10 000 GNF (1,5 euros, soit 982,54 Franc CFA).

Quant aux grands magasins comme Imperial ou U Express, ils ont vu leur fréquentation gravement chuter.

Conscient de cette mauvaise situation macro-économique, l’ex-ministre du Budget, Moussa Cissé, aujourd’hui détenteur du portefeuille de l’Économie, des Finances et du Plan, a présenté une situation alarmante aux membres du Conseil National de Transition (CNT).

Il a précisé que le solde de base fin décembre 2021 se chiffrait à -1 184,19 milliards GNF (134 000 euros, soit - 0,71 % du produit intérieur brut), contre un objectif plancher de 1 532,62 milliards GNF (174 000 euros), ce qui a abouti à un gap de - 2 716,88 milliards GNF (- 310 000 euros).

Les autorités guinéennes augmentent les taxes à l’importation

Moussa Cissé a aussitôt décidé d’une augmentation des taxes à l’importation des véhicules d’occasion. La Douane appliquera désormais une augmentation de 75 % des frais de douane pour ces véhicules. L’importation d’une petite voiture passe ainsi de 4 millions de GNF (455 euros) à 5 millions (570 euros).


Dans les maquis et boîtes de nuit, la clientèle aussi se fait rare. Même la valeur des belles de la nuit est au rabais. Les mouvements de soutien ont disparu, les véhicules qu'on a l’habitude de voir rouler dans les rues de Conakry avec leurs haut-parleurs ne circulent plus par manque de financement par la junte.

Même l’espoir des jeunes parieurs, souvent des diplômés sans emploi, de la loterie Guinée Games a disparu. Désormais, c’est la Lonagui (Loterie nationale guinéenne qui gère les jeux de hasard dans le pays.

Dernière chance, trouver un financier pour opérer comme conducteur de moto taxi.

Car même les jeunes manœuvres qui travaillaient dans les sociétés minières se retrouvent aujourd’hui en situation de demandeur d’emploi par la faute des menaces de la junte qui impose à ces entreprises de construire des... raffineries !

On ne peut pas dire que les choses vont bien quand les sites internet du gouvernement de la République de Guinée (Gouvernement.gov.gn et Mpten.gov.gn) sont fermés sans aucune explication. La réponse à tous ces problèmes est la médiatisation du procès de Moussa Dadis Camara.

Elise K. Douno


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