Inondations à Abidjan: Voici le vrai responsable et ses complices

Abidjan frappée par une violente inondation en passe d’être reconnue comme une calamité naturelle publique
Par David Yala
Publié le 23 juin 2022 à 17:58 | mis à jour le 23 juin 2022 à 17:58

Abidjan est frappée par une violente inondation, en passe d’être reconnue comme une calamité naturelle publique. Les chiffres parlent d’eux-mêmes, notamment des décès, des disparus et d’importants dégâts matériels, plusieurs familles à reloger qui craignent pour la stabilité de leurs maisons et celles déguerpies des zones à risque. Cependant, il est regrettable de savoir que ces inondations sont appelées à devenir de plus en plus fréquentes avec le changement climatique, la déforestation ainsi que les facteurs d’urbanisation anarchique.

Abidjan frappée par une violente inondation en passe d’être reconnue comme une calamité naturelle publique

Les inondations qui viennent de frapper Abidjan et ses banlieues notamment Bingerville, Grand-Bassam suscitent évidemment moult commentaires. Commentaires sur les causes mais aussi sur les responsabilités éventuelles. Deux types d’implications sont retenus. D’une part, une responsabilité globale via le réchauffement climatique censé favoriser les épisodes extrêmes, d’autre part, à un niveau local, une responsabilité sur ce qui a généré de telles conséquences pour ces pluies. Jadis l’imprévoyance et/ou l’avidité de quelques administrateurs publics et promoteurs prompts à ignorer les mises en garde et à bétonner à tout va pour des profits financiers ou politiques de court terme sont largement mises en cause.

Néanmoins, se contenter de dénoncer l’urbanisation, c’est s’arrêter en route, c’est ne pas aller plus loin en s’interrogeant sur ce qui, en amont, favorise cette urbanisation. Une fois encore nous retrouvons l’incontournable question de peuplement urbain. En effet, bien évidemment nous la retrouvons bien sûr au niveau planétaire sur la question du réchauffement climatique, dû aux émissions de gaz à effet de serre qui met en danger l’humanité et la planète en tant que telle; mais nous la retrouvons aussi au niveau local, ceux également, responsables de ces plans d’aménagement truqués, des terrains inondables transformés en terrain constructibles, l’urbanisation effrénée, la cupidité et l’ambition de quelques-uns qui ont évidemment leur rôle et responsabilité engagés. Il faut noter aussi que la densité de la population augmente de plus en plus à cause des conséquences migratoires des populations des pays limitrophes victimes du terrorisme et d’instabilité politique.

En effet, les catastrophes naturelles comme les vagues de chaleur ou les pluies diluviennes sont susceptibles d’être de plus en plus fréquentes à mesure que les concentrations de gaz à effet de serre modifient la composition de l’atmosphère. Au regard du désastre, la première question la plus fréquemment posée peut se résumer ainsi : « Qui est responsable ? A qui la faute ? Qui est le coupable ? ». Et aussi la question des permis de construire en zones submersibles est donc posée. Cette question est malheureusement systématique après une catastrophe de cette ampleur. La plainte est une réaction, certes légitime, mais qui n’a pas l’avantage de faire évoluer les mentalités. Ce type de réaction ne permet pas aux populations touchées d’avancer dans le bon sens, d’apprendre de la catastrophe (mieux connaitre les risques, mieux se protéger, être moins fragile).

La culture du risque en Côte d’Ivoire demeure très faible

La culture du risque en Côte d’Ivoire demeure très faible. Le manque d’intérêt des populations pour les questions liées aux inondations récurrentes, leur amnésie quasi totale face à l’histoire des inondations sont à déplorer. Il faut tenir compte aussi de la lenteur et la lourdeur de l’État dans l’exécution des plans de prévention des risques utiles au contrôle de l’urbanisation. Ce constat nous amène donc plutôt à un éclairage sur la prise en compte des risques par les différents acteurs gestionnaires et utilisateurs de ces territoires à risque, car il est évident que la responsabilité est partagée. Est-ce le Maire ? L’État ? Le promoteur immobilier ? Les populations ? Nous pensons que tous ont une part de responsabilité.

- L’État est l’acteur principal qui oriente l’aménagement du territoire en matière de politique urbaine. C’est lui qui endosse la responsabilité la plus globale dans la mesure où il est responsable de la sécurité des citoyens et doit mettre en œuvre tous les moyens à sa disposition pour assurer cette sécurité.

- Le Maire est responsable de la sécurité de ses administrés. Il doit informer régulièrement sa population sur les risques existant sur la commune et sur les comportements à avoir en cas de survenance d’une catastrophe. Nous pouvons donc conclure que le vrai responsable est donc la pluie, c’est une évidence. En revanche, les complices ont un nom et un prénom. Il s’agit de la mafia des promoteurs immobiliers, celle des politiciens qui sont remerciés pour leurs bons et loyaux services et les autorités administratives qui ont fermé les yeux.

Idriss DAGNOGO


+ Afficher les commentaires
Articles les plus lus