Côte d'Ivoire: Gbazey Reine, fille de Boga Doudou, explique comment son père a été tué

Boga Gbazey Reine, fille de Boga Doudou Emile: « A qui vais-je réclamer justice ? »
Par David Yala
Publié le 19 septembre 2022 à 18:15 | mis à jour le 19 septembre 2022 à 18:15

Fille de Boga Doudou Emile, ex-ministre de l’Intérieur du premier gouvernement du président Laurent Gbagbo, assassiné aux premières heures de la rébellion armée du 19 septembre 2002 en Côte d’Ivoire, Boga Gbazey Reine revient sur les circonstances de ce drame, 20 ans après. Son témoignage!

Boga Gbazey Reine, fille de Boga Doudou Emile: « A qui vais-je réclamer justice ? »

Que dire de ce jour, si ce n’est qu’il a été très Marquant pour nous ainsi que pour toute la nation ivoirienne. Je vous avoue que malgré les années, la douleur reste assez intense. Néanmoins, la haine ne m’habite pas. Bien au contraire, mon plus grand souhait est que les enfants d’aujourd’hui n’aient jamais à vivre ce que nous avons vécu, mes sœurs et moi. Je pense sincèrement que 20 ans après, il est temps pour nous de passer à une autre ère. Revenir en Côte d’Ivoire, c’est faire la paix avec mon passé pour un meilleur avenir (…) Oui, passer une autre ère. Traîner le passé, aussi douloureux soit-il, ne changera rien à ce qui s’est passé. Soyons honnête. Je garde en mémoire que mon père était un homme fort et un grand pilier dans ce pays. Je suis très fière d’être sa fille. A qui vais-je réclamer justice ? Je pars du principe que le temps de Dieu n’est pas celui des hommes et que un jour nous saurons toute la vérité.

Les circonstances de l’assassinat de Boga Doudou Emile

En ce qui concerne les versions, pour tout vous dire, j’en ai entendues, des plus risibles aux plus fantaisistes. Mais, il est clair que j’étais jeune (12 ans à peine). Je ne souviens que de ce j’ai vu. Je ne pouvais pas à cet âge-là interpréter. Nous étions à la maison, ma maman, mes deux petites sœurs et moi. Dès les premiers tirs, j’ai été réveillée par papa. Il m’a expliqué qu’on tirait sur la maison et qu’il fallait qu’on parte. Malheureusement, quand nous sommes descendus nous étions déjà encerclés. Nous n’avons pas eu d’autre choix que de se séparer. Papa savait que s’il restait avec nous, il mettrait la vie de sa famille en danger.

C’est comme ça que nous sommes allés nous cacher dans la pièce arrière de la maison. Et que papa est passé par-dessus la clôture du voisin. Nous sommes restés cachés de 2h30 à 9h du matin si mes souvenirs sont bons. Aujourd’hui, je nous considère comme des miraculés. Car, jusqu’à ce qu’on vienne nous chercher, ils étaient encore dans la maison (…) Excusez que je ne rentre pas dans certains détails. Parler de cette histoire éveille en moi beaucoup de choses. Mon père était mon meilleur ami. Grandir sans lui n’a pas été simple. Je ne finirai jamais de remercier ma chère et tendre mère qui, depuis 20 ans, nous apporte toute l’affection nécessaire. Ce qui fait de nous aujourd’hui des jeunes filles très équilibrées.


Une fondation « Boga Doudou Émile »

Pour le vingtième anniversaire de la mort de papa, il s’agit de lui rendre hommage. J’ai décidé de mettre sur pied une fondation ; La fondation « Boga Doudou Émile ». Elle aura pour objectif d’aider les veuves, les orphelins et les enfants de la rue. A travers cette fondation, j’ai envie de partager mon expérience, d’apporter mon soutien à ces familles afin de leur montrer que même après un drame, il est possible de se reconstruire et d’avancer. Il est important de savoir pardonner pour pouvoir avancer (…) Mes sœurs sont en Europe. Elles y poursuivent leurs études. Elles sont très studieuses. Elles font du Droit comme papa.


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